Que les époux, selon leur droit, soient libres et tout rentrera dans l'ordre, parce que tout se fera dans la lumière et la vérité.

LA JEUNE FEMME. Mais l'avenir des enfants, Madame?

L'AUTEUR. La moralité des enfants est plus assurée sous le régime de la liberté que sous celui de l'indissolubilité, car ils n'assisteraient pas longtemps à ces cruels démêlés, à ces désordres qui, aujourd'hui, les rendent dissimulés, vicieux, leur font prendre en mépris ou en haine l'un de leurs auteurs, quelquefois tous les deux quand ils ne les prennent pas pour modèles: si la vie commune devient impossible aux parents, ce qui sera plus rare sous la loi de liberté, les enfants ne seront pas soumis à la puissance de gens qui violent les lois de la morale reçue: ils verront peut-être ces parents contracter un nouveau lien, comme aujourd'hui, mais ce lien sera honoré de tous.

De ces unions pourront naître des enfants comme aujourd'hui; mais ces enfants, au lieu d'être jetés à l'hospice, partageront avec les premiers la tendresse et l'héritage de leur père ou de leur mère. Les enfants, dits légitimes, perdront en fortune, c'est vrai; mais ils gagneront en bons exemples; beaucoup d'enfants qui sont aujourd'hui dans la catégorie des illégitimes, passeront dans la première et ne seront plus condamnés par l'abandon à mourir jeunes, ou bien à croupir dans l'ignorance, le vice, la misère; à se voir imprimer au front, comme leur faute propre, la faute de leurs parents, par une foule d'imbéciles et de gens sans cœur qui n'ont eux-mêmes de garantie de ce qu'ils nomment leur légitimité, que la présomption que leur accorde la loi.

III

LA JEUNE FEMME. De longtemps encore, peut-être, la Raison collective ne comprendra comme vous la liberté dans l'union des sexes, et l'on se croira le droit, non seulement de lier les intérêts, mais l'âme et le corps des époux.

L'AUTEUR. Autant qu'il peut nous être permis de prévoir, la Société, pour réaliser notre conception, doit fournir préalablement deux étapes: elle doit décréter d'abord le divorce motivé; plus tard, elle décrétera le divorce prononcé à huis-clos, sur la demande des époux ou de l'un d'eux. Nous ne nous occuperons pas de cette dernière forme de rupture du lien conjugal, mais de celle qui est le plus près de nous: le divorce motivé.

Pour vous, jeune femme, quelles seraient les raisons valables d'une demande en divorce?

LA JEUNE FEMME. D'abord celles qui, aujourd'hui, donnent lieu à la séparation de corps et de biens: adultère de la femme, sévices, injures graves, condamnation d'un époux à une peine afflictive on infamante, mauvaise gérance du mari quant aux biens; de plus l'infidélité du mari, qualifiée adultère, l'incompatibilité d'humeur, des vices notables, tels que l'ivrognerie, la passion du jeu, etc.

L'AUTEUR. Très bien; ces motifs suffisent.