L'AUTEUR. Dans les différends qui surviennent entre associés, souvent l'on prend des arbitres: l'arbitre général entre les époux est la Société, représentée par le pouvoir judiciaire; mais nous croyons qu'il serait bon d'établir entre eux un arbitre perpétuel qui aurait un premier degré de juridiction: ce serait le conseil de famille, organisé tout autrement qu'il ne l'est aujourd'hui. Devant ce tribunal intime, mieux à même d'apprécier que tout autre, les époux porteraient, non seulement les différends survenus entre eux touchant les questions d'intérêt, mais ceux qui auraient rapport à l'éducation, à la profession et au mariage des enfants. Ce tribunal statuerait en premier ressort, et bien des scandales seraient évités par ses décisions, dont on pourrait du reste toujours appeler devant le tribunal social.

Je n'ai nul besoin d'ajouter que le droit du père et de la mère sur les enfants est absolument égal; que si le droit de l'un des deux pouvait être contesté, ce ne serait pas celui de la mère qui seule peut dire je sais, je suis certaine que ces enfants sont à moi.

LA JEUNE FEMME. En effet, il est révoltant que la plénitude du droit se trouve du côté de la simple présomption légale, de l'acte de foi, de l'incertitude.

Considérant le mariage comme une association d'égaux, ne penseriez-vous pas qu'il serait utile de marquer cette égalité et la distinction des personnalités dans le nom porté par les époux et leurs enfants?

L'AUTEUR. Certainement, Madame; le jour du mariage, chacun des époux joindrait à son nom celui de son conjoint: cela se fait déjà dans certains cantons de la Suisse et même en France chez quelques particuliers.

Les enfants, jusqu'à leur mariage, devraient porter le double nom de leurs parents; ce jour-là les filles ne garderaient que le nom de la mère et les fils celui du père; ou bien, si l'on veut introduire dans cette question le régime de liberté il serait statué qu'à la majorité, l'enfant choisirait lui-même celui des deux noms qu'il veut porter et transmettre.

II

LA JEUNE FEMME. Maintenant, Madame, revenons, comme vous me l'avez promis, sur le droit politique.

L'AUTEUR. Une nation est une association d'individus libres et égaux, concourant, par leur travail et leurs contributions, au maintien de l'œuvre commune; ils ont le droit incontestable de faire tout ce qui est nécessaire pour que leurs personnes, leurs droits et leurs biens ne soient pas lésés. L'homme a des droits politiques parce qu'il est libre, l'égal de ses co-associés; selon d'autres parce qu'il est producteur et contribuable; or la femme, étant, par identité d'espèce, libre et l'égale de l'homme; étant de fait productrice et contribuable, ayant les mêmes intérêts généraux que l'homme, il est évident qu'elle a les mêmes droits politiques que lui.

Voilà les principes, passons à l'application.