8o La souffrance n'est qu'un désaccord mis en nous ou par notre faute, ou par celle d'un mauvais milieu, ou par la solidarité du sang. C'est un produit de notre insuffisance, de nos erreurs ou de celles de nos prédécesseurs dans la vie.
9o La souffrance et le mal sont des stimulants au Progrès, par la lutte qu'on soutient pour en guérir et en garantir soi et ses successeurs: si l'on ne souffrait pas, l'on ne progresserait pas, parce que rien ne tiendrait en éveil et en action l'intelligence et les autres facultés.
10o Se résigner à la souffrance qu'on peut éviter sans commettre le mal moral, c'est affaiblir son être; c'est un mal, une erreur ou une lâcheté.
11o S'imposer des souffrances, excepté celles que nécessite la lutte contre l'exagération des penchants, est un acte de folie qui tend à désharmoniser notre être, et le rend impropre à remplir sa fonction dans l'humanité.
12o Le mal et le bien, dans le sens moral, ne sont pas des substances, des êtres en soi, mais l'expression de rapports jugés vrais au faux entre l'acte de notre libre-arbitre et l'idéal du bien posé par la conscience.
13o L'âme d'une nation, c'est le Bien et le Juste: ce qui est prouvé par ces deux faits: chute des civilisations et des empires par l'affaiblissement du sens moral; décadence, par ce seul fait, malgré le progrès littéraire, artistique, scientifique et industriel.
14o L'affaiblissement du sens moral est le résultat de l'absence d'un idéal élevé du Bien et de la Justice, et produit la prédominance croissante des facultés égoïstes sur les facultés sociales.
15o La lutte est en nous par la constitution même de notre être, parce qu'il y a antagonisme entre les instincts qui tendent à notre satisfaction propre, et ceux qui nous relient à nos semblables; parce que, d'autre part, les premiers nous sont donnés dans toute leur âpre vigueur, tandis que les autres ne nous sont donnés qu'en germe pour que nous ayons la gloire de nous élever nous-mêmes de l'animalité à l'Humanité. De ces faits, il résulte que la vertu, c'est à dire l'exercice du libre-arbitre et de la force morale contre les empiètements des facultés égoïstes, est et sera toujours nécessaire pour les maintenir dans leurs limites légitimes, et les empêcher d'opprimer les facultés supérieures.