Revenons, Mesdames, sur quelques-unes des œuvres collectives que je vous ai signalées, et parlons tout d'abord du Comité Encyclopédique.
Le but de ce Comité devrait être de vulgariser les connaissances acquises jusqu'ici par l'Humanité, en se conformant à la doctrine générale esquissée dans le paragraphe précédent.
Le Comité se composerait d'un nombre illimité de femmes, cultivant chacune quelque spécialité artistique, scientifique, littéraire; elles se classeraient en autant de sections qu'il y aurait de branches de connaissances à traiter, et les membres de chaque section s'entendraient entre elles pour se diviser le travail.
Les membres du Comité ne perdraient pas de vue que leurs ouvrages s'adressent à la classe des lecteurs peu ou point instruits; que, conséquemment, elles doivent se préserver du style scientifique, s'exprimer simplement, méthodiquement, et ne pas laisser sans définition très claire les termes techniques dont elles seraient parfois obligées de se servir.
Le travail individuel achevé, devrait venir celui de la section qui l'examinerait quant au fond; puis celui du Comité réuni qui n'aurait à s'occuper que de la clarté, dont il pourrait mieux juger que les spécialités, trop habituées au langage de la science qu'elles cultivent pour s'apercevoir suffisamment quand il ne peut être compris de tous.
Outre ce rôle de public d'épreuve, le Comité devrait veiller scrupuleusement à ce que l'auteur respecte les principes généraux qui sont la base de la profession de foi. Ainsi par exemple, un auteur qui traiterait de la formation de notre globe et des manifestations successives de la vie sur la planète, ne devrait pas s'écarter de la méthode rationnelle, et ne pourrait, en conséquence, présenter un créateur posant les assises de la terre et soufflant la vie dans des narines quelconques. Un auteur qui traiterait d'histoire universelle, n'aurait pas à subordonner les grands faits de l'humanité à la venue et à la mission d'un homme, comme l'a fait Bossuet; mais à faire ressortir la loi de Progrès, à tout subordonner au développement de la Justice et des facultés qui nous sont spéciales. Le Comité devrait bien comprendre qu'il n'est pas là pour continuer le passé, pour expliquer les faits par l'inconnu, mais pour préparer l'avenir, et expliquer les faits par les lois qui n'en sont que la généralisation.
L'ouvrage, approuvé par le Comité, serait livré à l'impression et porterait en tête du titre: Comité des femmes du Progrès; et, au dessous du titre, le nom de l'auteur ou des auteurs.
En s'organisant et travaillant de cette manière, en livrant au meilleur compte possible leurs traités, les femmes, en peu d'années, auraient fait une encyclopédie populaire qui réformerait la Raison, développerait le sens moral du peuple et de leur sexe, vulgariserait, ferait aimer les principes du monde moderne que le monde ancien tâche d'étouffer. En agissant ainsi, les femmes instruites feraient plus pour le Progrès, plus contre les révolutions sanglantes, les désordres qui les accompagnent et les réactions qui les terminent, que toutes les mesures de répression qui sont si fort du goût masculin et dont le résultat infaillible est une nouvelle tempête.
Outre l'avantage immense de rendre possible une encyclopédie rationnelle et populaire à bon marché, le Comité offrirait à ses membres le moyen de s'instruire. Bien peu d'entre nous ont des connaissances générales suffisantes, quelque fortes d'ailleurs que nous soyons sur une spécialité: notre éducation a été si défectueuse! Dans le sein du Comité, chacune agrandirait sa propre sphère en agrandissant celle de ses compagnes: les travaux particuliers en vaudraient mieux, parce que toutes les connaissances se tiennent. Ainsi en se dévouant à l'éducation nationale, les membres du Comité compléteraient la leur.