Quand l'enfant marchera seul, vous prescrirez qu'on lui laisse prendre tout le mouvement qu'il lui plaira, en le soumettant, par l'imitation, à certains mouvements réglés, afin de développer et d'égaliser la force de ses muscles, et de le préparer à une gymnastique sérieuse à laquelle vous soumettrez toutes vos élèves de cinq à seize ou dix-sept ans.

Aux exercices gymnastiques, vous ajouterez la natation et des promenades auxquelles vous donnerez toujours un but utile.

Je vous recommande d'éviter la flanelle sur la peau, les vêtements trop chauds; point de corsets; que vos élèves soient vêtues de pantalons, de tuniques flottantes, retenues à la taille par une ceinture quand elles sortiront, et d'un chapeau rond contre la pluie et le soleil. Ne les harcelez pas des éternels: prends garde, tu vas prendre froid, tu vas te mouiller, tu vas gagner un coup de soleil, tu vas déchirer ou salir ta robe, ton pantalon: laissez-les libres et acquérir de l'expérience à leurs dépens; il n'y a que celle-là dont on profite.

Vous n'aurez pas non plus la maladresse de leur interdire de grimper aux arbres, de franchir les fossés, de lutter ensemble, sous prétexte que ce sont des exercices masculins: jamais ne dites à vos enfants: une fille ne doit pas faire cela: c'est bon pour un garçon. Quelles bonnes raisons auriez-vous à lui en donner? l'usage n'est pas une réponse convaincante pour une rationaliste.

Accoutumez vos enfants à l'ordre et à la propreté, car on transporte le goût de l'ordre physique dans les choses morales et intellectuelles. Et, comme vous voulez qu'elles sachent que chacun est tenu de subir les conséquences de ses propres actes, et n'a le droit de compter que sur soi pour réparer ses fautes et sa maladresse; que, devant la Justice, personne ne nous doit rien pour rien; que c'est un acte de pure bonté que de rendre un service sans compensation, habituez-les de bonne heure à se suffire selon leurs forces, à nettoyer elles-mêmes les taches qu'elles se font, à raccommoder leur linge puis, peu à peu, à faire leur lit, à nettoyer leur chambre, leurs vêtements, leurs chaussures, à aider par escouades aux travaux de la cuisine, de la buanderie, etc.

Déclarez aux mères qui vous confient l'éducation de leurs filles, que vous les élevez de manière à ce qu'elles ne servent aucun homme: que, de retour dans leur famille, elles ne rendront à leurs frères aucun service sans équivalent, parce qu'elles se considéreront comme leurs égales.

Les enfants sont exigeants, despotes, parce qu'ils ne comprennent pas la Justice. Vous devez donc vous attendre à voir les plus jeunes de vos filles exiger des grandes et des domestiques les services qu'elles ne peuvent se rendre, et se montrer insolentes et colères lorsqu'on refusera. Ne vous épuisez pas à faire de la morale: demandez-leur tranquillement ce qu'elles donnent en échange des services qu'elles demandent. Rien, seront-elles forcées de vous répondre.

Eh! bien, leur direz-vous, vous n'avez donc rien à exiger. Vous êtes faibles, bien à plaindre de ne pouvoir vous suffire, d'avoir besoin des gens qui n'ont nul besoin de vous: tout ce que l'on fait pour vous est donc pure bonté; or, mes chères enfants, ne trouveriez-vous pas que ce serait une sotte manière de vous rendre bonnes pour les autres, que de s'y prendre à votre égard comme vous vous y prenez à l'égard de telles et telles? Rendriez-vous un service que vous ne devez pas, à celles qui l'exigeraient insolemment? Elles seront bien forcées de vous répondre que non. Alors, leur direz-vous, demandez ce service comme vous trouveriez juste qu'on vous le demandât.

Quelque jeune que soit une enfant, ne cédez jamais à ses caprices et à ses exigeances: rappelez-vous qu'un enfant n'est fort que de la faiblesse de ceux qui l'entourent: il ne pleure ni ne crie à crédit. Toutefois que votre résistance soit calme; ne grondez pas, n'élevez pas la voix, n'essayez pas d'intimider l'enfant: il faut qu'il cède à la nécessité ou à la raison, non pas à la peur qui affaiblit l'âme.

Disons quelques mots du régime alimentaire. Les jeunes mères qui porteront leurs enfants à votre maison annexe, vous demanderont souvent des conseils sur ce point: dites-leur que toute mère doit nourrir son enfant, à moins qu'il ne soit constaté qu'elle est trop faible ou atteinte d'une affection organique; qu'après le lait de la mère, celui qui convient le mieux, est celui d'une autre femme ayant à peu près le même âge, la même carnation, la même couleur d'yeux et de cheveux; mais, qu'en général, si elles ne sont pas bien sûres de la nourrice, il vaut mieux élever l'enfant au biberon: le meilleur lait pour cet usage serait celui de la jument; mais comme il est difficile de se le procurer, il faut avoir celui de la même vache: le lait de chèvre rend les enfants vifs, capricieux, mobiles: il faut l'éviter. Peu à peu l'on ajoute à cette nourriture de la panade faite avec de la croûte de pain desséchée au four. En général l'alimentation doit être réglée sur la dentition: plus celle-ci est difficile et tardive, moins la nourriture doit être substantielle, et plus l'allaitement doit se prolonger.