Lorsqu'elle trouvait un soutien légitime qui l'aimait, la protégeait;
Lorsque, inférieure par l'éducation elle se croyait aussi de nature inférieure, et considérait comme son devoir envers Dieu l'obéissance à son mari.
Les choses étaient-elles bien ainsi? Je n'en discuterai pas: préfère le passé qui veut; moi j'aime mieux l'avenir où je vois l'amour complet dans l'égalité, la fusion des âmes, la confiance entière et réciproque, l'effort commun pour une œuvre commune, l'union sainte, pure, entière jusqu'au tombeau qui ne sera pour le survivant qu'un berceau d'immortalité.
Il n'est question ni de ce que nous préférons, ni de ce que nous rêvons les uns ou les autres: mais seulement de ce qui peut être, d'après l'état des esprits et des choses: c'est folie que de vouloir ramener le monde en arrière: la sagesse consiste à régler sa marche en avant.
Pourquoi la femme revendique-t-elle son droit à la liberté et à l'égalité?
C'est d'abord parce que, beaucoup plus instruite que par le passé, elle sent mieux sa dignité et les droits de sa personnalité. C'est parce que les leçons et l'exemple des hommes l'ont éloignée de la foi complète au dogme ancien, qu'elle n'accepte plus que sous bénéfice d'inventaire; c'est à dire en repoussant ce qui heurte ses sentiments nouveaux. Elle sent trop ce qu'elle vaut aujourd'hui, pour se croire inférieure à l'homme et tenue de lui obéir: elle ne croit pas plus au droit divin de l'autre sexe sur elle, que ce sexe ne croit au droit divin du prince et du prêtre sur les peuples.
Sous l'influence du principe d'Émancipation générale, posé par la Révolution française, la femme, mêlée à toutes les luttes comme actrice ou martyr; comme mère, épouse, amante, fille, sœur, s'est modifiée profondément dans ses sentiments et ses pensées: il eût été absurde qu'elle voulût la liberté et l'égalité pour les hommes, parce qu'ils sont des créatures humaines, sans élever son cœur, et sans rêver son affranchissement propre, puisqu'elle aussi est une créature humaine: l'esprit révolutionnaire a rendu la femme indépendante: il faut en prendre son parti.
La femme n'étant plus enfermée dans les soins du ménage et des enfants, mais, au contraire, prenant une part toujours croissante à la production de la richesse nationale et individuelle, il est évident qu'elle a besoin de liberté et d'indépendance, et qu'elle doit avoir, dans la famille et les affaires une tout autre place que par le passé: elle le sent et le sait, il faut encore en prendre son parti, et lui faire cette place: le bon sens et la justice l'exigent.
La femme ne pouvant plus se marier sans une dot ou une profession, ne peut plus considérer le mariage comme son état naturel; elle est de plus en plus mise dans la nécessité triste ou heureuse de se suffire à elle-même, de se considérer, non plus comme le complément de l'homme, mais comme un être parfaitement distinct.
Cette situation faite à la femme exige donc de profondes réformes légales et sociales: elle le sait ou le sent: il faut encore en prendre son parti, et travailler à ces réformes, sous peine de voir la civilisation moderne périr par la minorité de la femme, comme la civilisation ancienne a péri par l'esclavage.