C'est quand par des actes, et seulement par des actes, nous transportons dans la sphère d'autrui le trouble que nous avons établi dans la nôtre: car nous ne pouvons en agir ainsi sans violer le Droit de quelqu'un.

Quant aux actes qui ne nuisent qu'à nous-même, la société n'a pas à les régler par la loi. Ce qu'elle doit faire, c'est de nous instruire, et de s'organiser de telle sorte, que nous n'ayons pas besoin de les commettre.

Il est de même bien entendu qu'en parlant de l'égalité, nous n'avons pas prétendu que nous fussions égaux ou même équivalents en valeur physique, intellectuelle, morale et fonctionnelle: non seulement nous différons tous; mais encore, dans la même série de travaux, les uns excellent, d'autres sont médiocres, d'autres encore, inférieurs.

Ce n'est pas parce que vous êtes égales en beauté, en forces, en intelligence, en bonté, en talent, ni entre vous, ni avec vos frères, Mesdames, que vous êtes égales à eux et à vos sœurs devant l'héritage: c'est parce que, sur ce point, on veut bien reconnaître que vous appartenez à l'espèce humaine et que, sans déchoir dans l'opinion, vos parents peuvent avouer que vous êtes, dans leur tendresse, les égales de Messieurs vos frères.

De même ce n'est pas par l'égalité de valeur que les êtres humains socialisés doivent être égaux en Droit, c'est parce que tous, quelqu'humbles qu'ils soient, ont le Droit semblable de se développer, d'agir librement, d'accomplir leur destinée.

Travaillons donc à la création de la liberté dans l'égalité. Incarnons ces saintes choses dans la loi, les institutions sociales, la pratique générale et notre pratique particulière.

Que chacun puise dans un même milieu les éléments qui conviennent à sa nature. L'un sera Cèdre ou Chêne, l'autre un arbrisseau modeste ou bien une simple fleur, c'est possible, c'est probable même; mais personne n'aura le droit de se plaindre; car chacun sera et fera tout ce qu'il pourra être et faire. Il n'y aura plus, comme aujourd'hui, ce qui est le crime de quelques uns et la faute de tous, des créatures humaines qui meurent sans se connaître, sans avoir pu se développer et rendre les services auxquels les appelait leur organisation.

L'histoire nous dit: l'exercice du Droit est tellement lié au Progrès, que de nouveaux progrès ont été faits par l'Humanité, chaque fois que la société des libres a élargi ses rangs pour y admettre de nouveaux émancipés, ou chaque fois qu'elle a proclamé la reconnaissance de nouveaux droits et mis ses institutions en accord avec eux.

Par sottise ou par égoïsme, ne restons pas sourds à cet enseignement: car nous sommes coupables de tout le mal et de tout le malheur qui se produisent par l'absence de Liberté et d'Égalité, et la culpabilité est comme le sommet des hauts édifices: elle attire la foudre.

IX