Que les esclaves, habitués à leurs chaînes, ne les sentent que lorsque les initiateurs leur montrent les meurtrissures qu'elles ont empreintes dans leur chair?
Quelques-unes seulement réclament, dites-vous; mais est-ce donc d'après le principe ou le nombre, que l'on juge de la bonté d'une cause?
Avez-vous attendu que toute la population mâle revendiquât son droit au suffrage universel pour le décréter?
Avez-vous attendu la revendication de tous les esclaves de vos colonies pour les émanciper?
Oui, c'est vrai, Messieurs, beaucoup de femmes sont contre l'Émancipation de leur sexe. Qu'est-ce que cela prouve? Qu'il y a des créatures humaines assez abaissées pour avoir perdu tout sentiment de dignité; mais non pas que le Droit n'est pas le Droit.
Parmi les noirs, il y en a beaucoup qui haïssent, dénoncent, livrent au fouet et à la mort ceux d'entre eux qui méditent de briser leurs fers: qui a raison, qui a le sentiment de la dignité humaine, de ces derniers ou des autres?
Nous revendiquons notre place à vos côtés, Messieurs, parce que l'identité d'espèce nous donne le Droit de l'occuper.
Nous revendiquons notre Droit, parce que l'infériorité dans laquelle nous sommes tenues, est une des causes les plus actives de la dissolution des mœurs.
Nous revendiquons notre Droit, parce que nous sommes persuadées que la femme a son cachet propre à poser sur la Science, la Philosophie, la Justice et la Politique.
Nous revendiquons notre Droit, enfin, parce que nous sommes convaincues que les questions générales, dont le défaut de solution menace de ruine notre Civilisation moderne, ne peuvent être résolues qu'avec le concours de la femme, délivrée de ses fers et laissée libre dans son génie.