CHAPITRE PREMIER.
BASES ET FORMULES DES DROITS ET DES DEVOIRS.
I
Avant de dire quelle part de droit et de devoir nous réclamons pour la femme, nous avons à définir ces deux notions inséparables qui se supposent, s'expliquent et se complètent.
Fille de mon siècle, élève des doctrines résumées par notre glorieuse Révolution, je n'irai pas chercher les sources du Droit et du Devoir dans le monde du Surnaturalisme. Non; je laisse aux derniers échos du monde ancien l'irrationnelle fantaisie d'employer leur argumentation, basée sur l'inconnu, à prouver que le Droit nous est octroyé, le Devoir imposé par un Dieu quelconque.
Je dis au contraire que l'un et l'autre ont en nous leur origine; qu'ils ressortent de l'ensemble de nos facultés, de notre destinée, des rapports nécessaires que nous soutenons avec nous-mêmes, avec nos semblables, avec la nature.
Je dis que si l'origine, l'explication, la loi, la formule du Droit et du Devoir ne sont pas contenues dans ces faits et ces rapports, c'est que le Droit et le Devoir n'existent pas.
Mais c'est parce que je crois fermement qu'elles y sont contenues, que j'essaierai de les en dégager.
Il est temps enfin que se vulgarise cette vérité, précieuse et féconde, que nous avons des Droits et des Devoirs, indépendamment de toute doctrine religieuse.
Quoi! diront quelques personnes timorées, vous, une femme, vous osez éliminer Dieu des questions de Droit et de Devoir!... Ah! il ne vous manque plus que de répéter cette phrase impie:
Dieu, c'est le mal!