2o La femme portant ses facultés propres dans l'industrie, y introduira de plus en plus l'art, la perfection dans les détails. Cultivée dans le sens de ses aptitudes, elle trouvera d'ingénieux moyens d'application des découvertes scientifiques.
3o Patiente, douce, bonne, plus morale que l'homme, elle est éducatrice née de l'enfance, moralisatrice de l'homme fait; la plupart des fonctions éducationnelles lui reviennent de droit; et elle a sa place marquée dans l'enseignement spécial.
4o Par sa vive intuition, sa finesse d'observation, la femme seule peut découvrir la thérapeutique des névroses; son adresse la rendra précieuse dans toutes les opérations chirurgicales délicates. C'est à elle que doit incomber le soin de traiter les affections des femmes et des enfants, parce qu'elle seule est capable de les bien comprendre; elle a sa place marquée dans les hôpitaux, non seulement pour la cure des maladies, mais pour l'exécution et la surveillance des détails d'administration et des soins à donner aux malades.
6o La présence de la femme dans les fonctions judiciaires, comme juré et arbitre, sera pour tous une garantie de véritable justice humaine, c'est à dire d'équité.
La femme seule par sa douceur, sa miséricorde, ses dispositions sympathiques et sa finesse d'observation, peut bien comprendre que, dans toute faute commise, la société a sa part de culpabilité: car elle doit s'organiser plus pour prévenir le mal que pour le punir. Ce point de vue, surtout féminin, transformera le système pénitentiaire et suscitera de nombreuses institutions. C'est alors seulement que tous comprendront que la peine infligée au coupable doit être un moyen de réparation et de régénération; la société ne tuera plus comme quelqu'un de faible qui a peur: elle amendera l'assassin au lieu de l'imiter; elle forcera le voleur à travailler pour restituer ce qu'il a pris; elle ne se croira plus le droit, lorsqu'elle enferme un condamné, de lui ôter sa raison, de le pousser au désespoir, au suicide, par le régime cellulaire; de le priver complétement du mariage, de l'accoupler avec plus corrompu que lui. Connaissant bien sa part de culpabilité, la société réparera les torts de son incurie dans les pénitenciers: elle sera ferme, mais bonne et moralisatrice: elle fera là, l'éducation qu'elle aurait dû faire dehors, et préparera des maisons de travail pour les libérés, afin que le mépris et la peur dont les poursuivent des gens souvent pires qu'eux, ne les poussent pas à la récidive.
7o La femme, portant, dans le ménage social son esprit d'ordre et d'économie, son amour des détails et son horreur des paperasses et des dépenses folles, réformera l'administration: elle simplifiera tout; supprimera les sinécures, le cumul des emplois, et produira beaucoup avec peu, au lieu de produire, comme l'homme, peu avec beaucoup: la bourse des contribuables ne s'en plaindra pas.
8o Sous l'influence directe de la femme législateur, nous aurons un remaniement de toutes les lois: d'abord et avant tout, nous aurons des moyens préventifs, une éducation obligatoire; puis le code de procédure sera simplifié; du code civil refondu, disparaîtront toutes les lois concernant les enfants naturels et l'inégalité des sexes; les lois sur les mœurs seront plus sévères, le code pénal plus rationnel et plus équitable.
Par les réformes administratives nées de l'instinct économique de la femme, les impôts seront diminués; son horreur du sang et de la guerre réduira de beaucoup l'affreux impôt du sang. Ayant voix délibérative, et sachant, par ses douleurs et son amour, ce que vaut un homme, ce ne sera qu'à bon escient qu'elle votera des levées de citoyens pour ces boucheries qu'on nomme des guerres: elle ne le fera que lorsque le territoire sera menacé, ou qu'il faudra protéger les nationalités opprimées; dans tout autre cas, elle emploira le système de la conciliation.
9o La femme, qui est bien plus économe et bien meilleure analyste que l'homme, sérieusement instruite, aura bientôt reconnu que les nations, comme les individus, diffèrent d'aptitudes, et que le but de ces différences est l'union et la fraternité par l'échange des produits: elle détournera donc son pays de cultiver certaines branches d'industrie dans lesquelles d'autres peuples sont supérieurs et produisent à meilleur compte; elle le guérira de la folle prétention de se suffire à lui-même, et le détournera de sacrifier l'intérêt de la masse des consommateurs à celui de quelques producteurs: ainsi peu à peu tomberont les barrières et les douanes qui séparent les divers organes de l'humanité: il y aura des traités d'échange, et tout le monde y gagnera par le bon marché, et la suppression des dépenses faites pour soutenir une administration douanière, trop souvent vexatoire.
Les qualités et facultés de la femme en font non seulement une éducatrice, mais lui assurent la prépondérance dans toutes les fonctions qui relèvent de la solidarité sociale: elle seule sait consoler, encourager, moraliser doucement, soulager avec délicatesse; elle a le génie de la charité; c'est donc à elle que doivent revenir la surveillance et la direction des hôpitaux, des prisons de femme, l'administration des bureaux de secours, la surveillance des enfants abandonnés, etc. C'est à elle qu'on devra les institutions qui donneront du travail aux ouvriers sans ouvrage, et sauveront les libérés de la paresse et de la récidive.