Comme d'immondes reptiles, ils se glissent au foyer domestique d'autrui, ravissent à leur ami l'affection de sa femme, et le forcent à travailler pour les enfants de l'adultère.

La femme qui croit à l'amour incompressible manque à ses engagements envers son mari; se fait une vie de ruse; met le désordre et la douleur dans l'intérieur d'autres femmes dont elle brise la vie.

Voilà comment ceux qui pratiquent le sophisme remplissent leur devoir d'être justes, de ne point contrister leurs semblables, de travailler au bonheur, à l'amélioration de ceux qui les entourent, de préserver le faible de l'oppression et du mal. A cette incompressibilité prétendue de l'amour, ils sacrifient la Justice, la bonté, le bonheur, le repos, l'honneur des autres, s'engagent dans une voie de désordres, mettent la dissolution dans la famille et la Société: en un mot, ils offrent en holocauste à l'instinct bestial, le sens moral et la Raison.

On t'a dit encore que tout amour est dans la nature: le polygamique et le polyandrique aussi bien que celui du couple constant.

Oui, mon enfant, tout amour est dans la nature humaine, comme y sont tout vice et toute vertu. Mais tu sais qu'il ne suffit pas qu'une chose soit en nous, pour qu'elle soit bien: il faut qu'elle soit conforme à l'idéal de notre destinée, conforme à notre harmonie: elle est mal dans le cas contraire.

L'amour, tel que nous l'avons défini, a besoin de durée et d'égalité; de durée parce qu'on ne se modifie pas en quelques mois; qu'on n'accomplit pas de grandes œuvres en quelques mois; qu'on n'élève pas des enfants en quelques mois: la durée est si bien une aspiration de l'amour, qu'il s'imagine que l'éternité aura peine à lui suffire. Il lui faut l'égalité; le partage lui est odieux: donc il veut un pour une et une pour un. Or, la polygamie et la polyandrie sont la négation de l'égalité, de la dignité dans l'amour.

Considérons dans leurs effets ces deux déviations de l'instinct.

La polygamie orientale inégalise profondément les créatures humaines, transforme la femme en bétail, mutile des millions d'hommes pour garder les harems, déprave le possesseur de femmes par le despotisme et la cruauté; concentre toute sa vitalité sur un seul instinct aux dépens de l'intelligence, de la Raison, de l'activité; d'où il résulte qu'il est perdu pour la science, l'art, l'industrie, la Société selon le Droit; qu'il se soumet sans répugnance au despotisme, et tend passivement le cou au cordon. Là pas d'influence de la femme qu'on soumet a un amoindrissement calculé; qui se déprave d'une manière hideuse aussi bien que l'eunuque son gardien. Ainsi l'inégalité devant l'amour et devant le Droit, l'abandon des arts, des sciences, de l'industrie, l'énervement intellectuel et physique, l'abaissement du sens moral sont les vices inhérents à la polygamie de l'Orient. Tu le vois, nous voilà loin de l'idéal de nos destinées.

Dans notre Occident, la Polygamie de fait produit le bétail du lupanar, des légions de courtisanes qui ruinent les familles. Comme beaucoup de ces femmes ne sont pas saines, elles communiquent à ceux qui les fréquentent d'affreuses maladies qui minent leur tempérament, et préparent ainsi des générations faibles, conséquemment des âmes peu fortes, des intelligences abaissées. J'en appelle à l'épreuve de la conscription: jamais on ne vit tant d'exemptions pour insuffisance de taille, et cependant on est moins exigeant que par le passé: jamais on n'en vit tant par vices de constitution et maladies organiques.

Vicier la génération dans son germe, n'est pas le seul crime de notre polygamie; elle énerve la population qui la pratique; car rien ne porte aux excès, conséquemment à l'affaiblissement, comme le changement de relations. D'autre part nos polygames se transforment en machines à sensation; leur intelligence s'abaisse; ils deviennent hébétés, égoïstes. Regarde, mon fils, ces tristes jeunes gens d'aujourd'hui, étiolés par les vices de leurs pères et les leurs: ils sont railleurs, sans foi, riant des choses les plus saintes, méprisant, non seulement leurs dignes compagnes, les femmes corrompues, mais encore tout le sexe auquel appartiennent leurs mères: regarde-les, ils sont grossiers à faire lever le cœur: plus rien n'attire leur respect: ils jettent la femme en cheveux blancs dans le ruisseau pour garder le haut du pavé; ils rudoient le vieillard, ils font rougir la jeune fille par leurs cyniques discours: la polygamie les a rendus ignobles, et a tué l'urbanité française aussi bien que toute dignité.