L'un était une merveille.

La mule d'une sultane n'est pas plus précieuse, et Cendrillon en aurait avec plaisir chaussé son second pied.

Il était fait de peluche brodée d'argent, et, sur le noeud de satin, nuancé comme une fleur, qui l'ornait, un papillon reposait dont les ailes semblaient avoir gardé des reflets d'aurore.

Cambré sur son fier talon, touchant à peine le sol du bout de sa pointe effilée, ce soulier ne semblait avoir emprisonné jamais que le pied d'une fée mignonne, qui l'aurait laissé tomber à terre en s'élançant vers son mystique royaume.

Mais, ce qui surtout faisait ressortir la grâce exquise de l'adorable sandale et qui en même temps embrouillait complètement les idées de l'excellent petit Noël, c'était le contraste du voisinage.

A côté de ce chef-d'oeuvre d'élégance et de luxe, gisait, sur le tapis, le plus roturier des sabots.

Lourd, usé, crotté, il semblait durci au feu, après avoir été trempé aux bourbiers des rues.

Pauvre petite ruine! peut-être au demeurant était-elle plus à plaindre qu'à mépriser pour sa laideur....

Comme il avait dû vaillamment patauger, trottiner et courir pour être ainsi sali et morfondu, le pauvre sabot! Mais, que venait-il faire ici? Et pour qui réclamait-il les faveurs du petit Noël?

Celui-ci voyait bien devant lui—sommeillant dans leurs lits respectifs—deux enfants, aussi dissemblables d'attitude et de nature que l'étaient le soulier merveille et le grossier sabot; mais cela ne tranchait pas son embarras.