Tout cela était merveille et nouveauté pour la naïve propriétaire du vilain soulier.
La veille, dans le tumulte d'une grande rue, un groupe de passants l'avait séparée de sa mère. Voulant la rejoindre et courant en tous sens la pauvre mignonne se perdit.
Alors lasse et désolée, elle s'arrêta et se mit à sangloter dans son châle, murmurant tout bas l'appel qu'elle avait longtemps répété avec des cris déchirants:
—Maman! maman! soupirait-elle comme une invocation, tandis que son petit coeur éclatait.
Soudain, elle sentit que l'on abaissait doucement ses mains. Une grande dame, toute enveloppée de fourrures, penchée vers elle, lui demandait tendrement:
—Pourquoi pleures-tu, mon enfant?
Cette belle femme douce et triste l'avait fait monter dans une superbe voiture, et l'avait emmenée en un palais éblouissant où la pauvresse fut choyée, dorlotée, à un tel point que le souvenir de son malheur en devint moins cuisant.
Elle avait aussi trouvé, sous le toit hospitalier de sa bienfaitrice, un ange consolateur.
C'était une enfant frêle, avec de grands yeux pensifs où il y avait quelque chose de profond et de serein qui étonnait, en la subjuguant, la simple fillette.
La belle dame contemplait avec attendrissement ces deux gracieuses créatures s'observant avec curiosité et causant en leur langage d'oiseaux.