C'est bien la peine de sevrer les pauvres innocents de leurs pures joies! Par quoi les remplace-t-on?

Par les enseignements maussades de la raison, de l'expérience—cette marâtre qui ne sait corriger qu'en châtiant.

Pauvre bébé, cher petit mouton qui te laisses tondre de tes gracieuses et charmantes fantaisies, quand tu auras de grandes gigues et des brèches dans la rangée de perles fines que découvre ton sourire, alors on songera avec envie à ce que tu fus autrefois; on s'attristera de te voir pousser si vite et laisser loin derrière les chers souvenirs du temps des biberons.

C'est ainsi que le sort te venge de ceux qui s'acharnent à te rendre sage—comme eux.

C'est probablement ce regret anticipé qui fit que la maman de tout à l'heure, bientôt revenue de l'orgueil de son triomphe, put être vue cherchant avec soin, sous sa fenêtre, parmi les balayures, un petit objet perdu, pleurant presque, à l'exemple de bébé, à la pensé que le vilain chat aurait bien pu en effet le manger.

Et, le vieux biberon disgracié, exhumé avec honneur, devint une précieuse relique.

FIN