Un soir, on crut que Corinne était mieux, et Lucile obtint d'Oswald qu'ils iraient ensemble passer quelques instants auprès de leur fille: ils ne l'avaient pas vue depuis trois jours. Corinne, pendant ce temps, se trouva plus mal, et remplit tous les devoirs de sa religion. On assure qu'elle dit au vieillard vénérable qui reçut ses aveux solennels: «Mon père, vous connaissez maintenant ma triste destinée; jugez-moi. Je ne me suis jamais vengée du mal qu'on m'a fait; jamais une douleur vraie ne m'a trouvée insensible; mes fautes ont été celles des passions, qui n'auraient pas été condamnables en elles-mêmes, si l'orgueil et la faiblesse humaine n'y avaient pas mêlé l'erreur et l'excès. Croyez-vous, ô mon père! vous que la vie a plus longtemps éprouvé que moi, croyez-vous que Dieu me pardonnera?—Oui, ma fille, lui dit le vieillard, je l'espère; votre cœur est-il maintenant tout à lui?—Je le crois, mon père, répondit-elle; écartez loin de moi ce portrait (c'était celui d'Oswald), et mettez sur mon cœur l'image de Celui qui descendit sur la terre, non pour la puissance, non pour le génie, mais pour la souffrance et la mort; elles en avaient grand besoin.» Corinne aperçut alors le prince Castel-Forte qui pleurait auprès de son lit. «Mon ami, lui dit-elle en lui tendant la main, il n'y a que vous près de moi dans ce moment. J'ai vécu pour aimer, et sans vous je mourrais seule.» Et ses larmes coulèrent à ces mots; puis elle dit encore: «Au reste, ce moment se passe de secours; nos amis ne peuvent nous suivre que jusqu'au seuil de la vie. Là commencent des pensées dont le trouble et la profondeur ne sauraient se confier.»
Elle se fit transporter sur un fauteuil près de la fenêtre, pour voir encore le ciel. Lucile revint alors; et le malheureux Oswald, ne pouvant plus se contenir, la suivit, et tomba sur ses genoux en approchant de Corinne. Elle voulut lui parler, et n'en eut pas la force. Elle leva ses regards vers le ciel, et vit la lune qui se couvrait du même nuage qu'elle avait fait remarquer à lord Nelvil quand ils s'arrêtèrent sur le bord de la mer en allant à Naples. Alors elle le lui montra de sa main mourante, et son dernier soupir fit retomber cette main.
Que devint Oswald? Il fut dans un tel égarement, qu'on craignait d'abord pour sa raison et sa vie. Il suivit à Rome la pompe funèbre de Corinne. Il s'enferma longtemps à Tivoli, sans vouloir que sa femme ni sa fille l'y accompagnassent. Enfin l'attachement et le devoir le ramenèrent auprès d'elles. Ils retournèrent ensemble en Angleterre. Lord Nelvil donna l'exemple de la vie domestique la plus régulière et la plus pure. Mais se pardonna-t-il sa conduite passée? le monde, qui l'approuva, le consola-t-il? se contenta-t-il d'un sort commun après ce qu'il avait perdu? Je l'ignore; je ne veux à cet égard ni le blâmer ni l'absoudre.
TABLE
| De Corinne, par madameNecker de Saussure | [I] | |
| Livre Ier | Oswald | [1] |
| Liv. II. | Corinne au Capitole | [21] |
| Liv. III. | Corinne | [40] |
| Liv. IV. | Rome | [56] |
| Liv. V. | Tombeaux, Églises et Palais | [90] |
| Liv. VI. | Mœurs et Caractère des Italiens | [105] |
| Liv. VII. | La Littérature italienne | [132] |
| Liv. VIII. | Les Statues et les Tombeaux | [157] |
| Liv. IX. | La Fête populaire et la Musique | [191] |
| Liv. X. | La Semaine sainte | [205] |
| Liv. XI. | Naples et l'Ermitage de Saint-Salvador | [231] |
| Liv. XII. | Histoire de lord Nelvil | [250] |
| Liv. XIII. | Le Vésuve et la Campagne de Naples | [279] |
| Liv. XIV. | Histoire de Corinne | [301] |
| Liv. XV. | Adieux à Rome et Voyage à Venise | [328] |
| Liv. XVI. | Le Départ et l'Absence | [364] |
| Liv. XVII. | Corinne en Écosse | [398] |
| Liv. XVIII. | Le Séjour à Florence | [430] |
| Liv. XIX. | Le Retour d'Oswald en Italie | [452] |
| Liv. XX. | Conclusion | [482] |
FIN DE LA TABLE
Paris.—Imprimerie VIÉVILLE et CAPIOMONT, rue des Poitevins, 6.