Melvil.

«Ainsi donc tu montes sur l’échafaud convaincue de ton innocence?

Marie.

«Dieu m’accorde d’expier par cette mort non méritée le crime dont ma jeunesse fut coupable!

Melvil, la bénissant.

«Que cela soit ainsi, et que ta mort serve à t’absoudre! Tombe sur l’autel comme une victime résignée. Le sang peut purifier ce que le sang avait souillé: tu n’es plus coupable maintenant que des fautes d’une femme, et les faiblesses de l’humanité ne suivent point l’âme bienheureuse dans le ciel. Je t’annonce donc, en vertu de la puissance qui m’a été donnée de lier et de délier sur la terre, l’absolution de tes péchés: ainsi que tu as cru, qu’il t’arrive»! (Il lui présente l’hostie). «Prends ce corps, il a été sacrifié pour toi». (Il prend la coupe qui est sur la table, il la consacre avec une prière recueillie, et l’offre à la reine, qui semble hésiter encore et ne pas oser l’accepter). «Prends la coupe remplie de ce sang qui a été répandu pour toi; prends-la, le pape t’accorde cette grâce au moment de ta mort. C’est le droit suprême des rois dont tu jouis (Marie reçoit la coupe); et comme tu es maintenant unie mystérieusement avec ton Dieu sur cette terre, ainsi revêtue d’un éclat angélique, tu le seras dans le séjour de béatitude, où il n’y aura plus ni faute, ni douleur». (Il remet la coupe, entend du bruit au dehors, recouvre sa tête, et va vers la porte; Marie reste à genoux, plongée dans la méditation).

Melvil.

«Il vous reste encore une rude épreuve à supporter, Madame: vous sentez-vous assez de force pour triompher de tous les mouvements d’amertume et de haine?

Marie se relève.

«Je ne crains point de rechute; j’ai sacrifié à Dieu ma haine et mon amour.