Je le répète encore, vous n'affligerez pas profondément votre amie; je serois la première personne du monde à qui vous auriez fait de la peine: si j'ai eu tort, c'est alors surtout que, prévoyant les reproches que je me ferois, vous ne voudrez pas que ce tort ait des suites amères; j'attends quelques ligues de vous, ma chère Sophie, avec une inquiétude que je n'avois point encore ressentie.

LETTRE V.

Madame de Vernon à Delphine.

Paris, ce 17 avril.

Vous êtes des enfans, Matilde et vous; ce n'est pas ainsi qu'il faut traiter des objets sérieux, nous en causerons ensemble; mais n'ayez jamais d'inquiétude, ma chère Delphine, quand ce que vous désirez dépend de moi.

SOPHIE DE VERNON.

LETTRE VI.

Delphine à mademoiselle d'Albémar.

Paris, ce 19

Une légère altercation qui s'étoit élevée entre Matilde et moi, il y a quelques jours, m'avoit assez inquiétée, ma chère soeur; je vous envoie la copie de nos lettres, pour que vous en soyez juge. Mais combien je voudrois que vous fussiez près de moi! Je cherche à me rappeler sans cesse ce que vous m'avez dit: il me sembloit autrefois que votre excellent frère, dans nos entretiens, m'avoit donné des règles de conduite qui devoient me guider dans toutes les situations de la vie; et maintenant je suis troublée par les inquiétudes qui me sont personnelles, comme si les idées générales que j'ai conçues ne suffisoient point pour m'éclairer sur les circonstances particulières. Néanmoins ma destinée est simple, et je n'éprouve et je n'éprouverai jamais, j'espère, aucun sentiment qui puisse l'agiter.