— — — And then, what’s brave, what’s noble,
Let’s do it after the high Roman fashion,
And make Death proud to take us.
Nous croyons avoir montré que le Suicide dont le but est de se défaire de la vie ne porte en lui-même aucun caractère de dévouement et ne saurait par conséquent mériter l’enthousiasme.
L’esprit, le courage même ne sont dignes de louange que quand ils servent à ce dévouement qui peut produire plus de merveilles que le génie. On a vu les plus habiles succomber, mais la réunion des volontés religieuses et patriotiques ne saurait faillir. Il n’y a rien de vraiment grand sans le mélange d’une vertu quelconque. Toute autre règle de jugement conduit nécessairement à l’erreur. Les événemens de ce monde, quelque importans qu’ils nous paraissent, sont quelquefois mus par les plus petits ressorts, et le hasard en réclame sa forte part. Mais il n’y a ni petitesse ni hasard dans un sentiment généreux : soit qu’il nous ait fait donner notre vie, ou qu’il n’ait exigé que le sacrifice d’un jour : soit qu’il ait valu la couronne ou qu’il se perde dans l’oubli, soit qu’il ait inspiré des chefs-d’œuvre ou conseillé d’obscurs bienfaits, n’importe. C’était un sentiment généreux : et c’est à ce seul titre que les hommes doivent admirer les paroles ou les actions d’un homme.
Il y a des exemples de Suicide chez la nation Française, mais ce n’est d’ordinaire, ni à la mélancolie du caractère ni à l’exaltation des idées, qu’on peut les attribuer. Des malheurs positifs ont déterminé quelques Français à cet acte, et ils l’ont commis avec l’intrépidité mais aussi avec l’insouciance qui souvent les caractérise ; néanmoins cette foule d’émigrés que la révolution a fait naître, a supporté les plus cruelles privations, avec une sorte de sérénité dont aucune autre nation n’eût été capable. Leur esprit est plus enclin à l’action qu’à la réflexion, et cette manière d’être les distrait des peines de l’existence. Ce qui coûte le plus aux Français, c’est d’être éloigné de leur patrie : en effet quelle patrie ne possédaient-ils pas avant que les factions l’eussent déchirée, avant que le despotisme l’eût avilie ? Quelle patrie ne verrions-nous pas renaître si c’était la nation qui disposât d’elle ?
L’imagination se représente cette belle France qui nous accueillerait sous son ciel d’azur, ces amis qui s’attendriraient en nous revoyant, ces souvenirs de l’enfance, ces traces de nos parens que nous retrouverions ; à chaque pas ; et ce retour nous apparaît comme une sorte de résurrection terrestre, comme une autre vie accordée dès ici-bas ; mais si la bonté céleste ne nous a pas réservé un tel bonheur, dans quelques lieux que nous soyons nous prierions pour ce pays qui sera si glorieux, si jamais il apprend à connaître la liberté, c’est-à-dire, la garantie politique de la justice.
Notice sur Lady Jane Grey.
Lady Jane Grey était petite-nièce de Henry VIII par sa grand’-mère Marie, sœur de ce Roi et veuve de Louis XII ; elle avait épousé Lord Guilford, fils du Duc de Northumberland. Ce dernier obtint d’Edouard VI, fils de Henry VIII, de l’appeler au trône par son testament en 1553 au détriment de Marie et d’Elisabeth ; la première avait pour mère Catherine d’Arragon, et l’intolérance de son catholicisme la faisait redouter des protestans anglais ; la naissance de la fille d’Anne de Boleyn pouvait être attaquée.
Le Duc de Northumberland fit valoir ces motifs auprès d’Edouard VI. Lady Jane Grey ne trouvant pas elle-même que ses droits à la couronne fussent assez valides, refusa d’abord d’accéder au testament d’Edouard ; enfin les prières de son époux, qu’elle aimait tendrement et sur qui Northumberland exerçait un grand empire, arrachèrent à Lady Jane Grey le fatal consentement qu’on lui demandait. Elle régna neuf jours ou plutôt son beau-père le Duc de Northumberland se servit de son nom pour gouverner pendant ce temps.