Emmeline s'était arrêtée, honteuse de son impatience; madame d'Altier la prit par la main, la fit asseoir près d'elle et lui dit:
—Quand votre humeur sera passée, ma fille, nous raisonnerons. Emmeline baisa en silence les mains de sa mère, qui lui dit:
—Cela est donc bien fâcheux, mon enfant, ce qui vous est arrivé, de casser ce vase de terre peinte qui va être remplacé sur-le-champ par un de ceux qui sont dans la serre, et parmi lesquels vous savez que vous pouvez choisir!
—Non, maman, mais...
—Ce s'est pas pour votre anémone qui ne porte plus de fleurs, et que vous m'avez dit que vous vouliez remettre dans les plates-bandes; vous vous êtes épargné la peine de la dépoter. Emmeline sourit.
—Oui, maman, dit-elle; mais dans ces moments-là on éprouve toujours quelque chose de désagréable qui fait qu'on n'aime pas...
—A être tourmenté, n'est-ce pas, ma fille? Et c'est cependant ce moment-là que vous prenez pour gronder et maltraiter Geneviève quand il lui arrive quelque malheur de ce genre, comme pour ajouter à son chagrin et à sa confusion.
—Mais, maman, elle est obligée de prendre garde à ce qu'elle fait.
—Plus que vous, Emmeline, quand vous vous occupez de vos affaires? Vous voulez qu'elle prenne de vos intérêts plus de soin que vous n'en pouvez prendre, et que son application à vous servir lui fasse éviter des maladresses que vous n'auriez pas évitées pour vous-même?
—Mais enfin, ce que je casse est à moi, je suis bien assez punie; au lieu qu'elle...