—Quel nom?
—Raymond. Le sien, justement, celui de ma pauvre petite. N'est-ce pas extraordinaire?
—Il y a tant de Raymond et de Raymonde dans le pays.
—Oui, mais avec la ressemblance... C'est étonnant, tout de même. Si je n'avais pas vu le nouveau-né couché dans son cercueil, blanc comme un cierge...
—Quel rapport y a-t-il entre «ce misérable vaurien», comme vous disiez tout à l'heure, et...
—Ah! mais Madame n'a donc pas entendu? Ce n'est pas un vaurien, c'est le nourrisson de la Poupin. Tout le monde le connaît dans le pays: un enfant craintif et poli, au contraire, un pauvre petit souffre-douleur qui reçoit plus de coups que de morceaux de pain. On dit qu'il est le fils d'une pauvre jeune dame abandonnée...
—De la «graine à péché», sans doute...
—La Poupin répète à tout propos: «Qui veut de lui, je le lui donne!» Et elle l'a chassé, la sans-cour! Dire que je ne l'avais jamais vu, moi! De quel appétit il mangeait l'oie, pauvre agneau! Riait-il de bon coeur, montrant ces jolies dents blanches! Et quelle petite voix flûtée, quel esprit: «Évanoui, comme le chat à la mère Nourrit?» Si ça ne fait pas pitié, tout de même, tant pâtir, si jeune...
—C'est le sort de bien des orphelins.
—Devrait-il y en avoir des orphelins, si Dieu était juste? Être seul au monde, à dix ans... C'est bon pour les vieux, cela! c'est bon pour moi, qui ai péché, mais ce petit, qu'a-t-il fait, je vous le demande?