—Alors il ne faut pas la réveiller. Reste chez moi, toi, au contraire, couche-toi. Je n'ai plus que deux points à faire et j'ai fini.

—Oh! tiens! justement la voilà, Mademoiselle! Enfin! Elle est réveillée! Retournons dans ma chambre.

Nadine prit en ses bras la frêle enfant qui arrivait, toute ensommeillée encore, pâle et grelottante, et se hâta de la rapporter dans sa couchette de cuivre. Maggie, déjà enfouie jusqu'au cou sous les couvertures, regardait sa «grande» de ses yeux brillants. Son petit nez en l'air, sa bouche malicieuse, tout son visage frétillait de santé, de vie.

—Ouvre les contrevents, dit-elle. Oh! qu'il fait bon chez nous! Comme on y dort bien! Tiens! Tu as fait mettre des rideaux neufs! Je n'avais pas remarqué cela, hier soir! Ces coquelicots roses sont très jolis, et comme ils vont bien avec la tapisserie! Qu'elle est gentille notre chambre! N'est-ce pas, Luce? Autre chose que le dortoir de la pension, avec ses odieux murs peints en gris qui ont l'air d'être faits en brouillard, et ces durs lits de fer, hein! Fait-il froid, dehors? Y a-t-il de la neige?

—Oui, sur les sommets, pas ici, dit la grande soeur en refermant la fenêtre.

—Quel malheur! Noël, sans neige, ce n'est plus ça.

—Qui veut déjeuner dans son lit?

—Moi!

—Moi!

—Bon! Je vous ai gardé un peu de la galette d'hier soir. Lucette, sonne pour qu'Agnese apporte le chocolat. Es-tu contente de ce que tu as trouvé dans ton soulier?