—Que tu es gentille!—La fillette, les yeux étincelants de plaisir, une petite lueur rose sur son fin visage, se mit à embrasser sa soeur à petits coups pressés, tantôt sur une joue, tantôt sur une autre.

—Tu ne sais pas, Nadine! s'écria Maggie, devenue grave subitement. J'ai eu un très grand chagrin. Je ne te l'ai pas écrit, parce que ça aurait été trop long à te raconter, et aussi pour ne pas te faire de la peine. Mais il faut que tu me promettes de ne le dire à personne, personne.

—Je te le promets.

—Surtout pas à Jacques.

—Tu peux te fier à moi.

—Jacques est trop moqueur. Eh bien! je suis brouillée avec Lola, ma grande amie. C'est une rapporteuse. Tu ne devinerais jamais ce qu'elle a fait. Elle a été dire à Madame que je la trouvais injuste. C'est vrai que je la trouve injuste, elle ne me donne jamais que des huit, quand même je sais mes leçons très bien, très bien, sans une seule faute; mais je l'avais dit à Lola en confidence, c'est très mal de le répéter.

—C'est une trahison, dit Luce, avec conviction.

—Et moi qui avais tant de confiance en elle! continua Maggie. C'était mon amie de coeur, tu sais, ma vraie amie. Je croyais que nous nous aimions pour toute la vie, et voilà, c'est fini! Cela m'a fait beaucoup, beaucoup de peine. Aussi, je ne veux plus jamais aimer personne que toi... et papa... et Jacques... et Daniel.

—Et moi? demanda la petite.

—Oh! toi, bien entendu! Toi, tu es un peu moi, tu es presque ma soeur jumelle. Et puis, après, maintenant c'est fini, je m'en moque. C'est Noël! c'est Noël! c'est Noël! Et, faisant une boule de son édredon, elle le lança dans le lit de Lucette. Celle-ci riposta en lui envoyant le sien. Nadine, qui allumait le feu préparé dans la cheminée, en reçut un sur la tête. La lampe posée près d'elle, sur le plancher, s'éteignit. La pâle lumière d'un matin d'hiver se répandit dans la chambre. Le feu ronflait.