—Tu as une manière de m'encourager!... Crois-moi si tu veux, mais il y a une chose singulière. Lorsque j'ai fait des folies et que je suis loin de toi, je sais bien, au fond, que je suis coupable, j'ai une conscience, comme tout le monde; seulement la morale courante est si indulgente, si facile! Je ne me trouve ni meilleur ni pire que les autres; je ne sens véritablement mes fautes que lorsque je te vois, que je rencontre ces yeux... eh bien! non, là, je n'en parlerai plus! Toutefois, j'ai le droit de dire qu'ils ont sur moi une étrange influence, une influence ridicule qui me vexe et que je ne puis pas secouer. Dis-moi, est-ce toi qui as mis cet écrin sur ma table, pour moi?

—Mais oui, dit la jeune fille, inquiète, cela ne t'a-t-il pas fait plaisir?

—Certainement...

—Tu as reconnu?...

—Oui, c'est la bague de Maman, celle qu'elle portait à la main droite, cette main si longue, si blanche avec ses ongles un peu bombés. Le rubis lançait de petits éclairs rouges quand elle cousait, le soir, à la lampe, tu t'en souviens?

—Certes! J'ai fait agrandir l'anneau pour toi. Il me semblait que tu serais content d'avoir ce souvenir.

—Reprends-le, je n'en suis pas digne.

—A ce compte-là, moi non plus je n'en suis pas digne, personne n'en est digne...

—Tu ne sais pas ce que tu dis. Entre toi et moi il y a un abîme. Comment va Papa? Son coeur?

—Bien, tant qu'il se ménage et qu'on le ménage.