—«Vive Noël, je ne serai pas mangé!» s'écria le petit raisin de Corinthe. Et il se mit à brûler joyeusement dans le rhum enflammé, où il devint un charbon noir, de la grosseur d'un pois chiche».
Nadine tourne avec peine la dure pâte dans le saladier de faïence. Les «petites soeurs», le nez en l'air, leurs cheveux bruns et leurs bras maigres poudrés de farine, l'écoutent attentivement. D'avoir enlevé les pépins à tant de raisins secs dont plus d'un a changé de destination en route, leurs joues et leurs doigts sont tout poisseux; d'avoir tant travaillé, elles sont fatiguées et soupirent.
La porte s'ouvre:
—Tu arrives à point, s'écrie Maggie; l'histoire est finie et le pudding aussi. Nous t'attendions pour le remuer, il ne manquait plus que toi.
—Laisse moi, dit Jacques.
—Mais non, mais non, tu n'y échapperas pas, toi non plus! Il serait manqué! Tu sais bien, pour qu'un pudding de Noël soit bon, il faut que tout le monde y ait travaillé, c'est «Miss» qui le disait. Sens comme il sent bon! Il sent le rhum! Et ces petits morceaux verts, c'est du cédrat!
—J'ai la migraine; et puis il faut que je sorte. Nadine, viens, j'ai à te parler.
Il était très pâle et ses lèvres avaient de petits mouvements convulsifs. Quand ils furent seuls:
—Je ne puis pas accepter, dit-il, en tendant l'enveloppe à sa soeur. Je préférerais subir la pire des réprimandes, recevoir des coups, être chassé de la maison, tout, plutôt que cela! Comment as-tu pu croire que j'aurais le coeur...
—Je te comprends, mais il le faut.