—Signora, signora, le courrier a porté les bananes et les mandarines, mais pas les huîtres. Comment allons-nous faire maintenant? Monsieur Jacques a pris la jument, et Monsieur défend que le cheval aille en ville deux fois de suite. Il faut une bonne heure pour aller à pied à Borena, un peu plus pour en revenir. Il est midi moins dix: or, après déjeûner, personne n'aura le temps... Povere, nous sommes bien!

—Vous reste-t-il des truffes blanches?

—Quelques-unes.

—Faites un risotto aux truffes.

—Un risotto! pour un grand dîner? Dieu du ciel, cela ne s'est jamais vu! C'est bon quand on est seul!

—Oh! un dîner d'intimes! Ces messieurs l'aiment tous, je le sais, et ces dames trouveront que vous le faites fort bien. Vous verrez qu'elles m'en demanderont la recette.

—La signorina en parle à son aise! Que la Madone dessèche ma langue dans mon palais si je sais avec quoi je le ferai crever.

—N'avez-vous pas du bouillon?

—Basta! bien sûr que j'en ai, mais tout juste pour le potage de tout ce monde, sans compter ceux, que Monsieur va toujours chercher au dernier moment.

—Ajoutez du liebig.