—«Non, je l'ai deviné.

—«Si tu te trompais...

—«Tu en serais quitte pour un second refus... et pour un excellent dîner de Noël: le bonheur de ta vie et de la sienne vaut bien cela, que diable! D'ailleurs je suis sûr de ne pas me tromper.» Mais, voilà Papa! Je l'ai averti que je t'ai rencontré et amené. Il a trouvé cela tout naturel. Même, il est enchanté de te revoir, j'en suis sûr. Il t'aime bien, tu sais, et tant que tu ne lui prends pas sa fille...

Le dîner, fort bien préparé—Perpetua s'était surpassée —impeccablement servi par Agnese et Federigo, le cocher-jardinier, fut charmant. Nadine, placée en face de son père, était si belle, que tous les regards se portaient involontairement sur elle. Ses cheveux ondés avaient, sous l'éclatante lumière, des reflets d'or. Ses yeux, tout à l'heure encore comme voilés de brume, prenaient, sous leurs cils noirs, la couleur et la transparence des vagues par un beau matin d'avril. Un sang renouvelé montait de son coeur à ses joues et les animait; sa bouche souriait, vivante, aimable et douce, vrai fleur d'âme nouvellement éclose. Elle rayonnait véritablement, et dégageait autour d'elle du bonheur, de la jeunesse, de la grâce, de la bonté. Monsieur Meydan l'observait de nouveau. Il comparait son air radieux de maintenant à l'air angoissé de tout à l'heure; il commentait le brusque départ du matin au nom de Georges, et ce retour inopiné du docteur, sa joie évidente, aussi. Mille indices, auxquels il n'avait pas pris garde tout d'abord, ou qu'il avait repoussés, comme importuns, lui revenaient à l'esprit. La lumière se faisait en lui.

—A propos, et vos pintades? lui demandait Madame Malprat.

—J'ai réussi les grises, mais pas les blanches, répondait-il courtoisement, trouvant surprenant, qu'on pût s'intéresser à de si pauvres petites choses alors que de si graves événements se passaient autour de lui.

Jacques était heureux. «Cet épanouissement, c'est mon oeuvre», pensait-il avec satisfaction. Sans moi... Je puis donc encore être bon à quelque chose! Si j'ai fait beaucoup de mal, je sais, aussi, faire un peu de bien parfois.

—Cette petite Nadine est éblouissante, ce soir, dit Monsieur Malprat à sa voisine, Madame Lelong, plate et sèche personne, mère d'une fille insignifiante et prétentieuse.

—Oui, répondit-elle d'un air pincé. Il est vrai qu'elle s'habille si bien!

Aujourd'hui, au moins, sa toilette est plutôt modeste. Je lui connais cette robe depuis très longtemps. Elle a du goût, c'est vrai, mais ce n'est pas ce qu'elle met qui la rend jolie; c'est elle qui donne un air particulier à tout ce qu'elle porte. L'avez-vous jamais surprise, le matin, quand elle est dans sa tenue de petite maîtresse de maison active, avec ses cheveux bien relevés au sommet de la tête, ses jupes courtes, ses tabliers à bavette? Elle est exquise, ainsi! Ah! si j'avais un fils!