—Le Bon Dieu veillera sur elles!
—Et comment trouverons-nous notre route?
—Celui qui se fie à Dieu ne peut pas s'égarer. Mettons d'abord le chemin sous nos pieds, marchons toujours et nous verrons.
Et les voilà partis à travers la glace, la gelée, l'obscurité, car le ciel s'était refermé, partis, pour aller voir le petit enfant Jésus tant aimable et la Vierge Marie, adorable. L'un secoue sa clochette, un autre joue du violon, un autre de la trompette, un autre du clairon, un autre de la guitare. C'est un tapage, un combat, comme lorsque c'est la fête de chez nous. Les gens les regardent passer, étonnés. Enfin ils arrivent à Bethléem, trouvent les choses ainsi que l'ange leur avait dit.
Ils étaient tout ébahis, et ils regardaient, la bouche ouverte, ce petit enfant qui dormait comme tous les petits enfants, et qui, pourtant, un jour, devait sauver le monde en mourant sur la croix pour nos péchés.
—Et les mages, Maï?
—Eh bien! les mages étaient des espèces de rois très riches et très savants, eux, et pas des pauvres bergers ignorants. Lors donc qu'ils apprirent que le Sauveur était né, ils voulurent aussi aller le voir et lui porter des présents. Et ils pensaient trouver un enfant couvert de broderies, dans un beau palais. Ils ne savaient pas non plus le chemin; alors il virent une étoile qui marchait devant eux; ils la suivirent, et, quand elle s'arrêta sur une maison très laide et très petite, sur une auberge où descendaient les gens les plus misérables, ils crurent s'être trompés; mais l'étoile ne bougeait pas. Au moins le nouveau-né serait couché dans la plus belle chambre, en un berceau bien garni de plumes d'oie: mais non, il était dans l'étable, à côté des pauvres bêtes qui travaillent, dans une crèche, sur du fourrage. Ils furent bien attrapés, étant orgueilleux comme tous les riches; mais ils l'adorèrent quand même et mirent à ses pieds ce qu'ils avaient apporté: des parfums, de l'or, des bijoux et de l'encens; tu sais, ce que l'on fait brûler à la messe et qui sent si bon!
—Oui, mais pourquoi l'enfant Jésus n'avait-il pas préféré être dans un grand palais, couché dans un beau berceau, servi par des domestiques avec des galons dorés comme au château du roi Henri, puisqu'il pouvait choisir? Moi, si j'avais été à sa place, pas si bête, j'aurais fait comme ça.
—C'était exprès, Micot, pour nous enseigner la patience à nous autres, paysans, et pour nous montrer qu'il n'y a pas de honte à n'être pas riches puisque Dieu lui-même a choisi d'être pareil à nous. Maintenant dis vite «notre père» et au lit!
—Et les Noëls? Rien qu'un... ou deux!