—C'était bien vilain de s'en aller, comme cela, sans seulement t'embrasser ni te demander pardon. S'il était venu te trouver tout de suite, tu lui aurais pardonné, n'est-ce pas, Maï, comme à moi quand je n'ai pas été sage?
—Bien sûr; mais il n'a pas osé revenir, il avait honte. Je le connais, moi, il est bien mon fils; il aurait préféré mourir plutôt que de voir mon chagrin et que d'entendre mes reproches. Mon pauvre petit! Il était si doux, si gentil, avant cela! J'en étais si orgueilleuse! C'était mal, vois-tu; les mères ne devraient jamais être orgueilleuses de leurs enfants, ça porte malheur. Il ne m'écoutait pas beaucoup, c'est vrai, mais j'étais si faible, aussi! Il m'aurait demandé la lune, je crois que j'aurais essayé de la lui donner. Toutes les veillées de Noël, quand il était petit, je le prenais sur mes genoux et je lui chantais des cantiques, comme à toi.
—Et celui que tu ne veux pas me chanter aussi?
—Surtout celui-là. Il l'aimait beaucoup. Il s'endormait toujours quand nous arrivions au dernier couplet.
—Je voudrais bien le connaître, ce Noël. Cela te ferait-il beaucoup, beaucoup de peine de me le dire? Oh! pas l'air, rien que les paroles.
—Non, non; ce soir, au contraire, ça me fera plaisir. Je vais te le chanter; une autre fois, peut-être, je ne le pourrais plus. Alors, écoute bien.
Entre le boeuf et l'âne gris
Dort, dort, dort le petit Fils.
Mille anges divins,
Mille séraphins.