Qui m'aurait dit lorsque, endormi, j'embrassais sa tête d'anjoulin[22], que, lui aussi, serait un larron!

Note 22:[ (retour) ] Petit ange.

—Un larron! Qu'est-ce que c'est qu'un larron, Maï?

—C'est un voleur.

—Un voleur! Ah! Mon Dieu! Non, ce n'est pas possible, ton petit enfant, Yanoulet, n'était pas un voleur?

—Hélas, oui, ma fille, ce n'est que trop vrai. Je ne pouvais pas le croire d'abord, moi non plus, tu penses, mais il a bien fallu que je reconnaisse la vérité: on l'a pris emportant un paquet qui n'était pas à lui; il n'y a pas de doute possible. D'ailleurs, s'il n'était pas coupable, serait-il parti comme cela?

—Un voleur, un de ceux qu'on amène en prison, entre deux gendarmes? Oh! Maï, j'ai peur! Prends-moi sur tes genoux et serre-moi bien fort. Je ne deviendrai pas une voleuse, dis, tu m'en empêcheras? Tu ne m'as pas gâtée au moins, moi? Mais... qui est là? Il m'a semblé entendre quelque chose, comme un soupir.

—C'est une bête dans le fourrage, en haut, ou la Martine qui se remue dans l'étable. Ne crains rien, mets-toi bien contre moi, là!

—Tu n'as pas peur, toi? Oh! moi j'ai si peur!

—Pourquoi veux-tu que j'aie peur, voyons! D'abord, rien n'arrive sans la volonté du Bon Dieu. Et puis, que craindrais-je? La mort? Si je ne devais pas te laisser seule au monde, elle serait la bienvenue. Qu'on me vole? C'est mon enfant qu'on volerait, pas moi. Le peu de bien que j'ai conservé, après la vente de la maison, je le tiens toujours prêt au cas où il reviendrait. Ce que je gagne en allant travailler aux champs et en filant nous suffit amplement, à toi et à moi, avec les légumes du jardin; il nous faut si peu de chose! Mais reviendra-t-il jamais? Je commence à ne plus l'espérer.