A. Louis
I
«Tu l'as vu; car, lorsqu'on afflige ou
qu'on maltraite quelqu'un, tu regardes pour
le mettre entre tes mains; le troupeau des
désolés se réfugie auprès de toi; tu as aidé
l'orphelin.»
PSAUME X, 14.
La plaine s'étend au loin, mollement vallonnée, étalant ses champs hérissés de chaume ou rayés de sillons bruns, ses prairies à l'herbe courte et jaunie, ses vignes où se tordent les ceps noirs. Sur la hauteur, à gauche, s'étage la ville lointaine, les Roches, station balnéaire, recherchée l'été; ses villas les plus proches se dressent, éclatantes, sous la lumière crue d'un beau jour de décembre. Un phare, mince colonne carrée rayée de rouge, une vieille église badigeonnée de blanc, servant d'amers, et ressemblant à une gigantesque cocotte de papier, un moulin dont les ailes tournent, se détachent de la masse confuse des maisons. Au vent salé qui fouette le visage, on devine la mer, en face; on aperçoit même sa ligne bleue de lin étincelante, où passent des bateaux, noirs et nets comme des ombres chinoises. Enfin, dégringolant le long de la côte, à droite, le village du Val, l'église, dont la massive tour grise s'aperçoit à travers les ramures des arbres dépouillés.