Le 16 août [1691].
Les six vers que vous m'avez envoyés, Mademoiselle, sont les plus jolis du monde, et ils sont d'autant plus jolis qu'ils disent la vérité. Quelque gloire qu'on s'acquît par d'autres endroits, on ne peut jamais excuser de prendre une si grosse portion du trésor dans des conjonctures pareilles où se trouve l'état. J'espère la paix de l'Église de l'habileté de M. le cardinal de Forbin[ [598]. Que ne lui devra pas l'Église pour la consommation d'une affaire si difficile! Je n'ose pourtant m'abandonner à la joie d'un si heureux [mot illisible], car il en coûte trop de revenir sur une aussi douce espérance que celle-là, lorsque les événements ne répondent pas aux projets.
Je vous fais mes compliments, Mademoiselle, sur la gloire que vient d'acquérir M. le Marquis de Créqui en Italie[ [599]. Si Dieu le conserve, nous verrons en lui l'image parfaite de l'illustre maréchal que nous pleurons[ [600].
Je vous souhaite de la fraîcheur, Mademoiselle; c'est à ce souhait, ce me semble, que tous les autres se doivent borner, car, à l'heure qu'il est, je crois être transporté sous la ligne, tant le ciel est brûlant ici. Je suis, avec tout le respect et tout l'attachement possible, à vous,
JULES É. C.[ [601] D'AGEN.
ARNAULD DE POMPONNE A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY[ [602].
Versailles, 27 août 1691.
Je réponds bien tard, Mademoiselle, aux marques si obligeantes que vous avez bien voulu me donner de votre souvenir dans une rencontre qui m'est si avantageuse. Comme je les ai fort distinguées des compliments qui viennent en foule dans de telles occasions[ [603], j'ai voulu vous dire avec plus de repos, qu'on ne peut vous honorer plus que je fais, ni être plus sensible que je le suis à vos bontés. Je pourrois, Mademoiselle, en trouver un grand témoignage dans la mémoire que vous me rappelez de tant de personnes que nous avons aimées et honorées également, mais je n'en veux pas d'autre que l'estime qui vous est si justement due, que j'ai toujours professée si vive et si forte pour votre vertu et pour votre mérite, et qui me fait être autant que personne
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
ARNAULD DE POMPONNE.