Votre, etc.,
Si ce n'est pas trop de hardiesse que de vous demander la Comédie qui a fait votre guerre, j'oserois vous supplier de me la prêter; afin qu'en admirant ses beautés, mon frère et moi, admirions encore votre jugement.
Votre,
AU MÊME[ [230].
[Mars ou avril 1639.]
Monsieur,
Après avoir lu la Comédie[ [231] que vous m'avez fait l'honneur de me prêter, je ne suis pas assez inconsidérée pour publier hardiment ce que j'en pense. La médiocrité de mon esprit et mon ignorance sont des raisons assez fortes pour m'en empêcher. Je vous dirai, pourtant, que si quelque chose vous pouvoit faire douter de la justice de votre cause, vous auriez lieu de le faire, dans la seule pensée que Mlle de Rambouillet, qui, certainement, est la plus excellente personne de mon sexe, désapprouve une chose que je trouve belle, qu'elle condamne un intrigue qui me semble admirablement joli, et merveilleusement conduit[ [232]; et qu'enfin, elle blâme un ouvrage où je n'aperçois point de tache, et où le peu de lumière que j'ai me fait découvrir de grandes beautés. Cette opposition de toutes choses, qui se voit entre l'opinion de cette admirable personne et la mienne, doit, si je ne me trompe, vous être suspecte, et vous porter encore une fois à examiner si la raison est absolument contre elle; ou si, en cette rencontre, elle veut faire paroître son esprit au préjudice de son jugement, si elle protège le foible, ou si elle soutient ses sentimens propres; car, pour ne vous déguiser pas les miens, je ne puis concevoir que vous soyez de parti contraire; et lorsque je vous assure que je serai toujours du vôtre, je ne puis m'imaginer que je ne sois pas toujours du sien.
Je suis, Monsieur, votre très humble et très affectionnée servante.
CHAPELAIN A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY[ [233].
[Mars ou avril 1639.]