(Le coin de la lettre est déchiré.)
Je suis très reconnaissante, mon jeune ami, de la lettre aimable que vous m'écrivez et des détails qu'elle contient. Bien certainement, une des premières choses que je ferai, en arrivant à Paris, sera de profiter de l'accès que vous m'avez ménagé auprès de vos honorables protecteurs. Incapable de rechercher la faveur pour moi, je la solliciterai avec chaleur pour celle dont je veux fixer le sort. Elle est dans ce moment un peu indisposée, ce qui me contrarie fort, parce que cela retarde son travail. Je n'ai reçu que par vous des nouvelles de Paris; mais je compte toujours y être dans huit ou dix jours au plus tard. Mme George et sa fille partiront avant moi. Il y a quelque marauderie sous jeu pour Mlle Duchesnois. Il n'est pas naturel qu'elle ait cessé ses débuts pour ne pas les reprendre. La perfide Florance, qui a fait si ingénieusement tomber Mlle George ici, travaille sourdement à la faire tomber réellement à Paris; j'ai lieu de le croire, du moins, d'après ce que vous me mandez.
Allons, courage. Des dispositions, des moyens physiques, des amis puissants, et nous l'emporterons. Je dis nous, car vous m'avez montré un si véritable intérêt que je me plais à croire que nous ferons cause commune.
Tout le monde de la petite chapelle est fort sensible à votre souvenir, et vous dit mille choses aimables. Mes amis de Paris partent aujourd'hui. Nous avons souvent parlé de vous et de la joyeuse soirée.
Cette pauvre Mme Suzy est dangereusement malade.
Adieu, mon jeune ami. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Raucourt.
A monsieur Lafond, artiste du Théâtre Français de la République, rue Villedo, à Paris.
A monsieur Lemercier de l'Académie Française.