Un mot sur la façon dont Mlle George était entrée au théâtre, et dont elle s'y est maintenue. Aimée de Bonaparte, et restée en faveur près de Napoléon, Mlle George, qui demanda la faveur d'accompagner Napoléon à Sainte-Hélène, est presque un personnage historique.
Vers la fin de 1800 et le commencement de 1801, Mlle Raucourt, qui jouait les premiers rôles de tragédie au Théâtre-Français, Mlle Raucourt donnait des représentations en province. C'était l'époque où le gouvernement, quoiqu'il eût beaucoup à faire, n'avait pas honte de s'occuper d'art, dans ses moments perdus. Mlle Raucourt avait reçu en conséquence, l'ordre du gouvernement, si elle rencontrait dans sa tournée quelque élève qu'elle ne juge point indigne de ses leçons, de la ramener avec elle à Paris. Cette élève serait considérée comme élève du gouvernement, et recevrait douze cents francs de pension.
Mlle Raucourt s'arrêta à Amiens.
Là, elle trouva une belle jeune fille de quinze ans, qui en paraissait dix-huit: on eût dit la Vénus de Milo descendue de sa base.
Mlle Raucourt, presque aussi grecque que la Lesbienne Sapho, aimait fort les statues vivantes. En voyant marcher cette jeune fille, en voyant le pas de la déesse se révéler en elle, comme dit Virgile, l'actrice s'informa et apprit qu'elle s'appelait George Weymer, qu'elle était fille d'un musicien allemand, nommé George Weymer, directeur du théâtre, et de Mlle Verteuil, qui jouait les soubrettes.
La jeune fille était destinée à la tragédie.
Mlle Raucourt la fit jouer, avec elle, Élise dans Didon et Aricie dans Phèdre. L'épreuve réussit, et, le soir même de la représentation de Phèdre, Mlle Raucourt demanda la jeune tragédienne à ses parents.
La perspective d'être élève du gouvernement et surtout élève de Mlle Raucourt, avait, à part quelques petits inconvénients dont, à la rigueur, la jeune fille pouvait se garantir, trop d'attraits aux yeux des parents pour qu'ils refusassent.
La demande fut accordée et Mlle George partit, suivie de sa mère.
Les leçons durèrent dix-huit mois.