Mlle Contat, la spirituelle et grande dame Contat, qui ne dédaignait pas de jouer la tante et qui faisait de ce petit rôle un rôle complet, étourdissant de comique, écoutait Bourgoin. Elle avait l'esprit très méchant, cette bonne Mlle Contat. Elle n'aimait pas très tendrement Mlle Mars, mais elle était trop parfaite comédienne pour ne pas lui rendre justice.
—Vous feriez bien, ma petite, de passer dans la salle pour bien étudier et prendre une leçon qui pourrait vous être utile peut-être. Tâchez d'imiter Mars; d'imiter, dis-je, car jamais vous ne pourrez la remplacer. Vous vous mettrez à sa place: voilà ce que vous pourrez avec désavantage. Ses manières décentes et distinguées sont à elle; on ne peut les lui enlever. Appréciez ses rôles: cela vous est permis; mais, ma petite, les jouer! Ah! renoncez à cette folie. Ni vous ni d'autres ne remplacerez jamais Mars dans les ingénuités.
Mlle Contat entrait en scène après ce petit dialogue.
—Tiens, cette grosse, est-elle malhonnête! Toutes ces vieilles-là se soutiennent. Quand j'aurai ton âge, vieille malhonnête, j'aurai autant de talent que toi, va. Si sa Mars voulait jouer son emploi, elle ne la trouverait, pas si étonnante, cette vieille cabotine! Elle est joliment rouée, celle-là; on lui a tant répété qu'elle avait de grandes manières qu'elle se croit Mme de Pompadour. Je m'en vais, car j'aurais une scène:
Achille, noble fils de vingt rois. Viens avec ta mère!
(Tout ceci, bonne, est bête et sans doute de mauvais goût; mais j'ai entendu tout cela. Faites-en ce que vous voudrez. D'ailleurs, c'est le 2 janvier; je suis de très mauvaise humeur.)
—Tout le monde riait.
—Pourquoi ne lui as-tu pas répondu? disait la mère Thénard[40]. Tu as caponné. Il fallait lui dire son fait.
—Oui, mais on m'aurait mise à l'amende.
—D'accord, mais tu te serais soulagée.