—Voyons, Georgina, dis-moi tout.
—Eh bien, hier, j'ai été très tourmentée par Mlle Mars. J'avais vos boutons à mes oreilles, et la curiosité, les questions n'ont point manqué. Je crains qu'on ne se doute d'où ils viennent et je vous assure pourtant que je suis bien discrète.
—Que veux-tu? Laisse-les dire, laisse-les supposer; je ne t'en ferai pas de reproches! Sois toujours bonne, chère Georgina; c'est la plus belle qualité que puisse avoir une femme.
On a fait à l'empereur une réputation de brusquerie. Calomnie jointe à tant d'autres, à tant de mensonges, qui faisaient hausser les épaules; aussi, en lisant ces souvenirs, que de gens diront: «Bah! tout ceci n'est pas croyable, elle brode.» Croyez ou ne croyez pas, chers lecteurs; à vous permis. J'écris la vérité, la plus vraie. Je ne l'embellis point et n'invente point. Je raconte ce que l'empereur était, pour moi du moins, doux, gai et même enfant. Les heures près de lui passaient sans les compter, le jour venait nous étonner. Je m'éloignais et désirais revenir. Mon retour ne tardait guère. Les jours me paraissaient longs et mortels. Tout le monde savait ce que je désirais tant cacher. Je recevais des gens qui venaient se recommander à moi.
—Je ne puis faire ce que vous désirez; je ne connais aucun ministre, moi, je n'ai aucune influence.
—Si vous vouliez voir le ministre de l'intérieur, vous obtiendriez ce que je sollicite. Je serais reconnaissant.
—Comment l'entendez-vous?
—En vous offrant ce que vous pourriez désirer.
—Je ne veux rien. Tenez, cette proposition me déplaît, elle me décide à voir le ministre. Je tâcherai d'obtenir ce que vous demandez, et vous verrez si je vends les services que je serais heureuse de rendre. Nous autres artistes, nous n'avons pas, grâce à Dieu, l'âme vénale.
Je fus reçue du ministre qui me promit d'examiner la demande que je lui présentais.