—Oui, à onze heures du matin, pour Boulogne. Personne ne le sait encore.
Nous nous étions assis tout simplement par terre, sur le tapis.
—Oh bien! tu n'es pas triste?
—Mais si, je suis triste.
—Non, tu n'éprouves aucune peine de me voir m'éloigner.
Il mit la main sur mon cœur et fit comme s'il me l'arrachait en me disant d'un ton moitié colère et moitié tendre:
—Il n'y a rien pour moi dans ce cœur!
Ses propres paroles. J'étais au supplice, et j'aurais donné tout au monde pour pleurer; mais, aussi, je n'en avais pas envie. Nous étions sur le tapis, près du feu, car il y avait du feu. Mes yeux étaient fixés sur le feu et les chenets brillants, restant là fixée comme une momie. Soit l'éclat du feu ou des chenets, ou de ma sensibilité, si vous l'aimez mieux, deux grosses énormes larmes tombèrent sur ma poitrine, et le Consul, avec une tendresse que je ne peux exprimer, baisa les larmes et les but. (Hélas! comment dire cela? Et pourtant, c'est vrai!)
Je fus tellement touchée au cœur de cette preuve d'amour que je me mis à sangloter de véritables larmes. Que vous dire? Il était délirant de bonheur et de joie. Je lui aurais demandé les Tuileries dans ce moment-là qu'il me les aurait données. Il riait, il jouait avec moi, et il me faisait courir après lui. Pour éviter de se laisser attraper, il montait sur l'échelle qui sert à prendre les livres, et moi, comme l'échelle était sur roulettes et très légère, je promenais l'échelle dans toute la longueur du cabinet. Lui riait et criait: «Tu vas te faire mal. Finis, ou je me fâche...»
(Oh! chère amie, vous pouvez tirer parti de cela; ce sera si joli, raconté par vous, mon bon Valmore.)