Ce Valville, pour qui mademoiselle Mars se dépêchait tant, était un acteur qu'affectionnait beaucoup sa mère;—il logeait chez elle et jouait à Montansier. Plus tard, mademoiselle Mars devait le recueillir elle-même, pauvre, délaissé, souffrant! Il avait pour amis Baptiste cadet, Damas, Caumont, mais surtout Patrat.

Cet acteur, dont il sera parlé plus d'une fois dans ces récits, était donc le commensal et l'ami de madame Mars la mère depuis un assez grand nombre d'années. C'était un homme méthodique, qui ressemblait à un portrait du temps de Néricault Destouches, l'air grave, la démarche lente,—mais surtout il était exact aux heures des repas et tenait énormément le matin à son café.

Un jour, cependant, le café au lait de Valville manqua; Valville faillit attendre, comme Louis XIV!

L'enfant était revenue toute en larmes à la maison.

—Qu'as-tu? demanda Valville.

Pour toute réponse, Hippolyte Mars se mit à pleurer. Elle balançait à sa main gauche l'anse de son pot au lait, en baissant à terre ses grands yeux noirs.

—Vide! s'écria Valville en regardant le pot au lait; ils te l'ont pris, l'on t'aura poussée, c'est sûr! Tiens, ne pleure pas, et retourne vite à la laitière!

Ce mot de retourne vite! amena un nuage de honte et de douleur au front de la pauvre enfant.

—Mais encore un coup, que s'est-il donc passé? demanda Valville; tu ressembles à la petite fille à la cruche cassée. Tu sais, ce joli tableau? Voyons, Hippolyte, est-ce un rôle que tu répètes?

—Je ne répète pas de rôle, répondit-elle à Valville avec une moue chagrine, ce sont ces maudits officiers qui m'ont vu jouer à Versailles le divertissement des Étrennes[24] et qui, depuis ce matin, m'ont reconnue par malheur quand j'allais chercher du lait: