L'ouvrage fut joué le 27 avril 1784; ses vingt premières valurent cent mille francs à la Comédie. L'épigramme et le dénigrement furent très vifs, mais impuissants. Bachaumont, à qui nous renvoyons nos lecteurs, a relevé nombre de pamphlets et d'injures à l'endroit de Beaumarchais, celui-ci n'y répondit que par sa devise de: Ma vie est un combat!
L'enthousiasme pour la pièce nouvelle avait été si grand que Larive, et ceci est un fait peu connu, demanda le rôle de Grippe-Soleil. L'affluence de la province était telle que l'on eût pu mettre sur les affiches le fameux mot de Champfort, «Rien ne réussit à Paris comme un succès». Beaumarchais eut le tort d'en être excessivement vaniteux. Un brave gentilhomme, qui ne se doutait guère que Beaumarchais fût à deux pas de la loge qu'il occupait au-dessus de l'orchestre, s'écria:
—Que ce Beaumarchais a donc de l'esprit!
—Il me semble, lui répondit l'auteur piqué, que le mot de monsieur ne vous écorcherait pas la bouche!
—Je ne m'en dédis pas, Monsieur, reprit l'autre, en reconnaissant à qui il avait affaire,—Beaumarchais a beaucoup d'esprit; mais monsieur de Beaumarchais n'est qu'un sot[43]!
Trois ans après cette éclatante représentation, la mort enlevait au théâtre mademoiselle Olivier, la plus jeune, la plus tendre fleur de la Comédie.
Un coup négligé,—on prétend qu'elle reçut ce coup fatal à un baisser de rideau dont la tringle la frappa, devint la cause de sa mort. Elle avait vingt-trois ans quand elle mourut, et n'avait joué ainsi que sept ans à la Comédie-Française.
On attribue à Rochon l'épitaphe suivante de cette charmante actrice:
Soyez belle à la ville, au théâtre, à la cour,
Soyez jeune, éclatante artiste,
Pour mourir par un machiniste,
Vous qui faisiez mourir d'amour
Mademoiselle Olivier avait été chérie, adorée des gens de lettres. La dernière pièce où elle joua fut l'École des Pères, représentée le 1er juin 1787.