Rivarol n'en voulait pas moins à Monvel qu'à Beaumarchais. «Son Amant bourru est un des joyaux du théâtre, écrivait-il plus tard; ses Amours de Bayard se sont emparés d'un public encore chaud du Mariage de Figaro; mais qu'est-ce que cela prouve?»

Rivarol avait eu recours cependant plus d'une fois à la bourse de
Monvel.

Il avait emprunté à M. de Ségur le jeune une bague où se trouvait la tête de César. Quelques jours après M. Ségur la lui redemanda.

César ne se vend pas, lui répondit Rivarol.

Le lendemain de cette première représentation, le marquis de Bièvre entrait d'un air rayonnant dans le foyer de la Comédie-française. Le succès de la veille était dans toutes les bouches. Quand le marquis parut, tout ce qu'il y avait de célèbre parmi les nouvellistes du temps, les acteurs et les auteurs se répandaient en éloges sur la pièce en vogue.

—Ah! s'écria de Bièvre, il s'agit bien de M. Beaumarchais, du comte Almaviva, de Chérubin, de Suzanne! La Folle Journée, ne l'oubliez pas, date d'hier, tandis que l'aventure dont je vous promets de vous régaler est inédite; elle vaut bien la pièce, et si Beaumarchais l'avait connue…

—Ah! diable, marquis, vous nous mettez l'eau à la bouche,—parlez, parlez, s'écria-t-on de toutes parts.

Le marquis garda le silence; il prenait un malin plaisir à se laisser presser de la sorte. Il s'essuyait le front, tirait sa tabatière et riait sous cape.

Les curieux étaient au supplice.

—Comment donc, marquis, vous avez frappé les trois coups et vous ne levez pas le rideau? C'est déloyal! Prenez garde! on va vous siffler.