—Silence! s'écria de Bièvre, autrement je remporte mon histoire!

—Donc, nos deux jeunes gens, de leur côté, soupiraient en même temps et à qui mieux mieux; l'un plaisait, plaisait beaucoup; l'autre ne pouvait plaire autant, et pour cause… car tous deux jouant le même emploi, n'avaient pas les mêmes moyens. Cependant le héros de la brouette avait peu à peu conquis toute la confiance de la dame. Jugez-en: avant hier il était chez elle:

—Qu'avez-vous? lui demanda-t-il en la voyant chagrine, et pourquoi cet air rêveur!

—Ah! ne m'en parlez pas, reprit-elle, je suis horriblement torturée. Des créanciers implacables! ils me menacent, me poursuivent, et tout cela pourtant s'arrangerait avec trois mille livres.

—N'avez-vous donc personne qui puisse tous venir en aide? objecta-t-on d'une voix mielleuse.

—J'ai bien le chevalier, mais je n'ose rien lui dire. Il est gêné, je le sais, des dettes énormes contractées au jeu… Ce pauvre chevalier! s'il savait où j'en suis, il serait capable de jouer encore! Et puis, vous le dirai-je? je ne suis point une Lucrèce, et à celui qui nous oblige on ne sait rien refuser.

—Ma belle enfant, reprit notre héros, en la baisant au front, tout cela s'arrangera. Seulement rappelez-vous les derniers mots que vous m'avez dits: «À celui qui nous oblige on ne sait rien refuser.»

Un second baiser effleura encore le front de la belle, son consolateur s'éloigna.

Le lendemain matin, la femme de chambre de l'actrice lui apporta un billet et une bourse.

Le billet renfermait ce mot sans signature:—Je vous aime!