L'abbé Gallard avait été amené près d'elle; il venait de joindre sur le lit de la mourante ces deux mains aussi blanches que deux beaux lys; il lui parlait de Dieu en prêtre noble et intelligent.

Quand cette confession—on sait que mademoiselle Mars s'est confessée sans nulle répugnance—fut finie à ce pacifique chevet, un ami bien cher et bien dévoué, s'approcha de mademoiselle Mars:

—Eh bien, lui dit-il avec un sourire voilé de larmes; cela ne fait pas mourir!

—Non, répondit-elle, mais cela aide à mourir!

C'est par ces paroles que cette vie simple et touchante devait être close; c'est par cette dernière abnégation d'elle-même que mademoiselle Mars vivra. Tout le temps qu'elle a souri et parlé, mademoiselle Mars a mis son cœur, son esprit au service des gloires ou des amitiés contemporaines; elle n'a reculé devant aucun sacrifice. Cette voix d'un attrait, d'un pouvoir incomparable, ce talent net, éprouvé, elle l'a prêté à toutes les tentatives, à toutes les expériences du style et de la pensée, ne reculant ni devant le drame, qu'elle haïssait d'instinct, ni devant d'autres essais, où l'on semblait prendre plaisir à la compromettre. Cet art sérieux, difficile, l'art du théâtre, a trouvé dans elle une amazone et une interprète; elle a combattu à la fois pour l'école de Molière, de Marivaux et de Beaumarchais, comme pour Victor Hugo, pour Dumas et Delavigne.

«Ôtez mademoiselle Mars de la Comédie-Française, écrivait M. Jules Janin en 1840, c'en est fait non seulement de la comédie classique, mais de tous ces chefs-d'œuvre de seconde main, de ces copies éphémères de la comédie, auxquelles elle prête encore sa grâce piquante et son fin sourire[2].»

Hélas! cette grâce, ce sourire, cet éclat vivifiant est perdu à tout jamais pour notre principale scène; il ne nous reste plus de mademoiselle Mars qu'un triste et morne souvenir. L'écrivain aimable et piquant dont je parlais tout-à-l'heure, le critique habile et fin qui l'appréciait si bien est mort huit ans avant elle, et quand il mourut, mademoiselle Mars se trouvait elle-même alors absente. Nous ne saurions mieux faire que de donner ici quelques lignes dues à la plume d'un ami de Béquet sur cette fin prématurée du feuilletoniste. Le souvenir de mademoiselle Mars s'y trouve religieusement accolé à de légitimes regrets; il répand sur cette page un double intérêt. Plus d'une fois, d'ailleurs, le nom de Béquet interviendra sous notre plume, dans le cours de ces souvenirs; c'est donc ici un dernier hommage que nous rendons à l'excellence de son cœur. Rien de ce qui compose cette funéraire guirlande de mademoiselle Mars ne doit se voir oublié, rien, pas même les vers que plusieurs poètes ont bien voulu nous faire parvenir, à la suite de ses glorieux obsèques.

«Saint-Maur, 13 octobre 1838.

«Mon cher ami,

«C'est à vous, à vous seul, que je veux rendre compte de mon triste pèlerinage. Absent de Paris depuis août, j'étais loin de me douter des progrès que le mal avait faits chez ce malheureux Étienne.