Le plus souvent il présidait aux leçons d'Hippolyte, il s'applaudissait de la voir marcher, saluer, s'asseoir avec facilité et gentillesse; seulement il se souciait peu qu'elle apprît un jour le chant. Mademoiselle Mars hérita de cette antipathie; elle craignit toujours les couplets comme le feu[47]. Monvel, tant qu'elle fut petite, n'épuisa ni son temps, ni sa mémoire; ce qui le désespérait, c'était son air pauvre et languissant.
Madame Mars, moins rigoureuse que lui à l'endroit de l'orthographe, trouvait celle de la petite très satisfaisante; mais il arrivait souvent que Monvel fronçait le sourcil en la voyant.
—Encore des fautes! répétait-il un jour qu'Hippolyte Mars venait de griffonner un brouillon de lettre à son maître d'écriture.
Ce brouillon, Monvel l'avait surpris dans sa corbeille.
—Ne te fâche point, cher papa; je m'en vais te dire, reprit l'espiègle: c'est que j'ai deux orthographes.
—Comment cela?
—Sans doute, j'ai la bonne et la mauvaise.
—Et tu aimes mieux la seconde, comme plus facile?
—Pas du tout: je me sers de la bonne avec mes amis, avec toi, par exemple, ou avec maman… La mauvaise est pour ceux qui m'ennuient, et M. Floquet est de ce nombre.
Ce M. Floquet était maître-expert en fait de jambages; il avait donné des leçons à Mesdames; c'était un homme dont chacun riait; Dugazon faisait sa charge à ravir. Ne s'était-il pas mis en tête de demander la croix de Saint Michel! Il avait fait nombre de démarches à cette fin, se tuant à courir de Paris à Versailles et de Versailles à Paris, jusqu'à ce qu'un beau jour il reçut un billet par lequel on lui apprenait sa nomination. Grande joie de M. Floquet, on le conçoit, la première personne qu'il rencontre dans la rue, c'est son persiffleur impitoyable, sa bête noire de tous les jours, Dugazon.