Instantanément, des fumées identiques ondulèrent sur les quatre autres sommets.
Le fils de Moueddin bondit sous le talon frénétique de l’Enfant. La fille de la forêt avait compris le mal effroyable qui menaçait sa mère et son bien.
C’étaient, ces fumées, le signal de l’incendie volontairement allumé, l’incendie de vengeance qui ne fait pas grâce. C’était le feu forestier dont nul ne sait quand cessera sa rage une fois déchaînée ; celui qui, pendant des jours et des jours, rampe, s’élance, roule en vagues de flammes, dévore, ravageur insatiable ; celui qui ne laisse rien en arrière, contre lequel il n’y a ni défense ni obstacles ; celui pour qui la forêt entière, avec tout ce qu’elle contient, est une proie qui l’alimente et le grandit en force et en horreur.
— Le feu ! hurla l’Enfant, tandis que l’élan de son cheval se brisait au pied des terrasses.
Maîtres et serviteurs surgirent, la face angoissée. Ils virent les fumées-signaux déterminant les foyers préparés par les incendiaires.
Alors, de la maison haute, partirent des battements de cloche sonnant le tocsin pour avertir les campements et les « douaïrs » éloignés. Aux bouches des serviteurs, des appels de trompes retentirent auxquels répondirent d’autres trompes forestières. Une immense rumeur emplit et secoua la torpeur de la forêt. Des hommes à pied, des hommes montant des chevaux ou des mules, qu’ils ne prirent pas le temps de seller, jaillirent des bois, se multiplièrent dans la clairière, entraînant les Achabas avec eux. Ils environnèrent la maison.
Cela s’accomplissait avec une promptitude foudroyante et dans un formidable tumulte.
Bientôt, tous les montagnards furent là. Ils portaient des serpes, des haches, des faucilles, des pics et des pioches aux larges tranchants. Ils composaient une grande armée de volontaires, prête à combattre l’ennemi commun sans merci.
Le maître divisa ces guerriers en cinq colonnes. Chacune s’ébranla dans la direction de l’une des cimes. Il prit le commandement de celle qui se dirigeait sur le point le plus menacé et où la mince fumée initiale rougeoyait.
L’Enfant jeta un baiser rapide à la mère et à l’aïeule penchées, suppliantes, au rebord des terrasses, et, couchée sur l’encolure de son cheval, galopa pour rejoindre la colonne qui, au pas de course, s’en allait vers le sommet où elle avait rencontré Draïdi.