Si je le contais aux sauvages, ils pleureraient du sang !

Mon nom est Ben Salah… La passion mange mon cœur,

Et ma vie s’écoule et la mort est proche.

Mon amie a trop tardé pour revenir vers moi…

Noura quitte la maison de Derdour avec la Bent Fraîchichi et Khadoudja, une humble et maigre créature dont la bonne humeur constante fait la joie des logis où elle fréquente. Si quelqu’un s’étonne de son invariable et joyeuse philosophie, elle dit :

— Je suis vieille, laide et pauvre, mais je possède un trésor, ma gaîté, Dieu soit loué.

Quant à la Bent Fraîchichi, ayant été un jour convaincue de mensonge par Noura, pour lui avoir donné un faux nom, elle avait répondu habilement :

— Tu dis qu’on m’appelle Cherifa bent Fraîchichi et tu m’accuses parce que je t’ai juré me nommer Zoubeïda. Au temps de ma jeunesse, on m’appelait « beurre frais » (Zoubeïda), tant j’étais fraîche et douce. Maintenant, mon nom est « la vieille », (Cherifa). Pardonne-moi d’avoir voulu te dire seulement le nom de ma jeunesse. C’était à cause du beau souvenir.

Brusquement, Khadoudja prit le bras de la petite Mâlema.

— O perle de mon collier, est-il vrai que ton cœur est trouble et gonflé d’amour ?