Elles sourient, à peine étonnées de l’invasion qui viole l’ambiance de la cour close de murailles bleues, de verdures chaudes au regard. Elles ne se refusent pas à l’accueil, étant des Berbères-Kabyles avant d’être des musulmanes.

— Quel est celui-là qui t’accompagne ? Ton mari, ton frère ou ton ami ? Et celle-ci n’est-elle point ta sœur ?

— Voici mon ami et ma sœur Mouni, répond Noura. Je suis la Mâlema ; je viens voir Beïa.

On soulève un rideau au seuil d’un étroit logis. Des nattes sur les carreaux lavés, un kanoun avec des braises, une minuscule fenêtre aveuglée de mousseline raide, un chromo accroché à l’envers, ses personnages coloriés posés contre un plafond, comme des mouches.

Sur un étroit matelas et sous une couverture rouge la fièvre brûle Beïa.

Dans la cour Claude Hervis attend que Noura et Mouni aient fini leurs souhaits de guérison à la malade. Des viandes déchiquetées sèchent sur des ficelles tendues. Des enfants simulent des fuites et des apparitions. Des femmes s’immobilisent en des attitudes qui perpétuent tout le rythme, l’harmonie et l’antique idéal des modeleurs de Tanagra.

Celle-ci au profil d’Egypte, est miraculeusement ruisselante de soleil. Claude ne voudrait pas la voir marcher et il l’adore d’être, en cet instant, une lumineuse statue dans l’éblouissement du jour.

Cette autre, sous la treille séculaire penche une amphore avec le geste de Rebecca ; et celle qui revient de la fontaine chante comme la Samaritaine.

Il y a encore une vieille dont les yeux se meurent, un masque où s’est gravé l’ironie du temps. Le sculpteur Nature s’est amusé de cette figure où, jadis, il se plut à parfaire de la beauté. Son pouce a creusé les joues, plissé les paupières, meurtri les lèvres. En tous sens, ses ongles ont griffé ce visage. Et, comme Noura et Mouni reparaissent, la grimace de la bouche lippue raille :

— Oh ! les jeunes, les jeunes aux yeux clairs, aux lèvres fraîches. Voilà comme vous serez, comme vous serez bientôt !…