Ils sont revenus à la lumière, parmi des narcisses pleins d’abeilles et des lavandes sauvages. La mer est loin, unie au large du ciel. La ville est loin dans la plaine. Les montagnes sont proches, leurs courbes molles offertes comme une couche immense à l’immense repos de la contemplation.

Là-bas, plus bas, tout près, dans la ville, la montagne et les cactus, il y a tant de lassitudes et de souffrances… La douleur de Noura envahit ses yeux, filtre au travers des cils, s’évapore dans la lumière. Une exaltation la possède.

— Oublions ! s’écrie-t-elle. Nous n’avons plus d’esprit ni de cœur. Que nos yeux vivent seulement !

— Que nos yeux vivent, dit Claude Hervis, et notre âme ouverte à la calme, l’indifférente beauté des choses. Souhaitons de réaliser peu à peu le vœu du philosophe :

« Devenir dur lentement, lentement, comme une pierre précieuse et finalement demeurer là, tranquillement, pour la joie de l’éternité. »[32]

[32] Nietzsche.

Mais déjà, du profond de l’âme active de Noura, un reproche monte. Elle se redresse.

— Claude, n’entendez-vous pas la voix koranique qui vous est chère ?

N’avons nous pas dilaté ton cœur ?

A côté de la peine est le plaisir.