Et pourquoi Claude Hervis ne préférerait-il pas la frémissante Mouni à la calme Noura ?
Combien tu es retentissante sous la lune, ô ronde et blanche koubba !
Derrière la lourde porte close, comme en une nuit de sabbat, quelles mânes folles mènent leurs tympanons et leur sarabande ?
O mon seigneur Brahim sur qui reposent la bénédiction et le miracle, en ton sépulcre drapé d’étendards, voilà ta poussière émue au vacarme des litanies, au bruit des voix féminines.
Contre le mur arrondi où des niches protègent la clarté vacillante des cierges verts et rouges, voici, en double et triple rangs, toutes tes prêtresses plus belles et parées que les bayadères sacrées de Siva !…
Au dehors, par les chemins s’en vont des bandes faméliques, les pauvres de toutes races et de toutes religions auxquels la généreuse maîtresse de la fête donna la part du mendiant prescrite par la loi divine.
Dans la koubba, c’est un éblouissement de visages superbes, de joyaux, de soies et de velours rebrodés, effleurés de gestes tintants. Une élite féminine et musulmane est réunie. On reconnaît la veuve d’un ingénieur français, délicatement assimilée d’abord puis revenue à tout l’Islam de ses aïeules. Une grosse femme brune mariée à un Européen est venue sans le costume indigène et jure étrangement dans cette foule orientale. Il y a aussi un curieux petit bouffon femelle, commensal des cafés maures la nuit et des lieux mal famés le jour, traînant ses vices et sa difformité de bossue. En dépit de sa honteuse débauche, on invitait la bouffonne, parce qu’elle créait et mimait des danses lascives avec un réalisme audacieux, le langage éhonté de sa figure et de ses gestes.
Et toutes les femmes de tous les âges, les jeunes filles, les fillettes et les petits garçons se passionnaient pour ces danses. Après, ils essayaient de l’imiter.
Cette nuit-là, la fête était donnée par la tante d’Oureïda, pour qu’un miracle sauvât la « petite rose » dont le mal s’était subitement aggravé. Ainsi, la souffrance d’Oureïda se résolvait en joie pour les invitées nombreuses qui, après les condoléances et les souhaits d’usage, étaient tout au plaisir de se retrouver. Tel est l’avantage des fêtes au prétexte pieux : la réunion des amies proches ou lointaines. Là se rencontrent les affections, se font et se défont les mariages, s’édifient ou croulent les réputations.