Des vaches maigres, des juments étiques s’abreuvent dans le bassin de la fontaine, puis un poulain jaune, fantastique, bête bâtarde et affamée.
Oh ! puissant ressort d’une nature obstinée ! Avec la lumière croissante, il semble que le visage de Noura a perdu de son souci. La force de sa pensée répond à la muette supplique. Encore une fois, elle espère tout du temps et de la conviction immortelle. Ne subsisterait-il qu’un épi de froment parmi l’ivraie, que cet épi vaudrait l’effort du laboureur et le prix de la semence. La prière matinale de Noura, maintenant est une phrase de Job :
— « Mes espérances descendront jusqu’aux barrières du sépulcre et nous nous reposerons ensemble dans la poussière… »
Une caravane passa… Quelques dromadaires que poussaient des bédouins maigres, la peau tannée par le soleil du Sud et le vent de toutes les errances. Sur les marchés du littoral, les grands sacs de laine rudement tissée et teinte avaient laissé leurs charges de céréales pour se gonfler de produits hétéroclites, pour de nouveaux échanges avec les gens du pays des palmes, les Oasiens sédentaires. Au flanc des dromadaires, les outres d’eau et de semoule, les tamis de crin pris à Tunis, oscillaient. Sur le bât d’une chamelle suitée, un chat dormait blotti parmi des étoffes. Un autre dominait l’amas des piquets et des lambeaux de tentes nomades.
Mêlés aux pattes souples des animaux anciens, des chiens féroces cheminaient, tenus en laisse, et de petits ânes dont l’un portait un vieillard, l’autre un enfant nu, le troisième une femme drapée d’écarlate, allaitant un nouveau-né.
Des adolescents, et des femmes encore suivaient. La plus grande, en guenilles bleues, tête haute, profil puissant sous les tresses et les anneaux barbares, marchait dans la poussière comme Sémiramis, sur les terrasses d’onyx.
Un Bédouin, fils des guerriers numides, prononça une phrase d’amour murmuré et un nom : — « Rekeïa… » Les yeux de la femme altière étincelèrent sous l’orgueilleux abaissement des paupières et elle sourit.