— Je veux soulever le voile, enlever la peinture barbare qui fige dans l’expression ancienne le visage d’une jeune génération. Dans nos cités neuves et denses, un débris d’édifice antique persiste difficilement…
— On le détruit ou on le replâtre, deux sortes de disparitions.
— Au contact de notre progressive activité, d’un exemple contagieux, quelle que soit sa résistance, le peuple arabe n’existera plus longtemps intact.
— Vous le mettez en présence d’un dilemme grave : s’éteindre ou évoluer.
Un grand rêve fluait dans les yeux de Noura.
— Il évoluera pourvu que soit provoqué avec tact et conviction le mouvement nécessaire. Ses regards s’ouvriront à une nouvelle lumière, ses regards affaiblis dans le crépuscule de l’Islam.
Mais Claude jeta vigoureusement :
— Vous dites « crépuscule » comme vous avez dit « débris » tout à l’heure. Que savons-nous ? Plusieurs ont, depuis des années, proféré ce cri absurde : — « L’Islam se meurt ! L’Islam est mort !… » — Et l’Islam est vivant. Il possède cette supériorité sur les autres cultes : n’avoir point engendré de sceptiques. Où sont ceux de ses fils qui l’ont renié comme beaucoup d’entre nous l’ont fait de leurs croyances ? Où sont ceux qui, ayant paru le négliger momentanément ne lui sont pas revenus avec une âme plus ardente ? Et je vous dis qu’une révolution religieuse trouble nombre d’esprits européens, les pousse vers le théisme de l’Islam, d’un Islam dépouillé du charlatanisme, des commentateurs et des merabtin[6], un Islam dans toute sa simplicité et sa poésie originelles.
[6] Pluriel arabe de marabout.
— Est-ce à dire que nous tendons à déserter notre activité pour l’inertie ?